CHAPITRE XII
CONTINUATION DU MÊME SUJET
C’est dans leur marclie à Iravcrs des contrées inconnues, que les croisés avaient le plus de dangers à courir, de misères à supporter. On avait coutume de placer au milieu de l’armée les bagages et la foule des pèlerins sans armcsj mais cet ordre ne pouvait être suivi long-temps dans des armées poursuivies par la faim , dans une multitude que nos vieilles chroniques comparent à un faisceau sans liens, à du sable sans chaux. Chaque soir les pèlerins dressaient leurs tentes sans savoir où ils étaient; le lendemain ils décampaient, n’ayant d’autre guide que l’aspect du firmament. Uue armée avait rarcinent des éclaireurs pour connaître l’ennemi et les contrées qu’elle traversait. Aussi des légions innombrables étaient-elles souvent vaincues au premier choc , et la plus légère défaite fut quelquefois le signal d’une déroute ou d’une destruction générale. Ce qui nuisit le plus aux armées chrétiennes , c’est que dans leur marche les différons corps qui les composaient restaient souvent séparés les uns dos autres, et que les chefs ne communiquaient
ii4 HISTOIRE DES CROISADES,
pas toujours entre eux. On se rappelle comment les premières bandes des croisés, et les troupes de Louis VU et de Conrad, périrent dans TAsie mineure ; plus tard deux armées, celles de Jean de Brienne et de Louis IX, furent vaincues sur les bords du Nil, parce qu’on avait négligé d’entretenir des communications avec Damiette , d’où elles étaient parties.
Nous n’avons pas assez de notions positives pour faire la description exacte d’un camp au moyen âge et dans les guerres saintes. Un camp, suivant la position des lieux, devait avoir une forme carrée, triangulaire ou demi-ronde; la forme quadrangulaire oblongue était la plus propre à la défense. L’enceinte du camp était environnée d’un fossé de neuf pieds de large et de huit pieds de profondeur; on construisait autour du camp des murs de terre, de trois pieds de hauteur , au-devant desquels étaient plantées des palissades, faites avec des pieux. Pour asseoir un camp , on avait coutume d’éviter les "bords des torrens, les plaines trop arides, le voisinage des montagnes. Louis VII et l’empereur Conrad furent obligés de lever le siège de Damas , parce qu’ils avaient placé leurs tentes dans un lieu où ils manquaient d’eau. Les chroniqueurs de la troisième croisade parlent beaucoup du camp des chrétiens devant Ptolémaïs. 11 ressemblait à une vaste cité ; on y avait construit tant de fortifications, (pie, selon l’expression d’un témoin oculaire, les oiseaux ne pouvaient y pénétrer.