LIVRE XXI
Les batailles que nous avons décrites dans notre histoire , ont déjà pu donner une idée de la manière de combattre des croisés. Tout le monde sait que dans le moyen âge la cavalerie formait la véritable force des armées. Les chevaliers de la croix n’avaient plus de conliance dans leur bravoure, lorsqu’ils perdaient leurs chevaux ; nous les avons vus quelquefois monter sur des chameaux,
* même sur des ânes et des bœufs , plutôt que de combattre à pied. La cavalerie chrétienne avait toujours à sa suite une foule considérable de fantassins , que les chroniques désignent par le mot latin vulgus , et qu’on employait utilement dans les sièges.
Dans les grandes batailles, les guerriers de la croix ne distinguaient ni l’aile droite ni l’aile gauche, ni le centre de l’armée; ils étaient le plus souvent divisés en plusieurs corps, et chaque corps était comrnandépar un chefqui suivait les instructions arretées dans un conseil. Robert-le-Moine nous apprend qu’à la bataille livrée à Kerbogatli , l’armée’ chrétienne s’avança contre rennemi , langée en forme pyramidale, ou plutôt en forme de coin. Raoul de Caen fait honneur à Tancrède de la victoire de Dorylée, et rap|)urte que le héros normand mit le désordre parmi les Sarrasins , en s’emparant des lieux élevés. Nous ne sommes point assez éclairés pour apprécier le talent militaire que déployèrent ceux qui commandaient dans les guerres saintes; mais il nous .semble que les batailles d’Antioche cl d’Ascaloii, celles de la troisième croi-
I l 6 HISTOIRE DES CROISADES.
sade , allostcnt la présence des chefs les plus cxpe-
riinenlés, Kous ne pouvons nous empêcher de dire
qu’on ne reconnaît pas la même habileté dans les
batailles malheureuses de Tibériade et de Man-
soiirah.
Les Musulmans ne marchaient jamais à Tennemi , qu’en poussant des cris horribles , en frappant avec force leurs boucliers , leurs tambours et leurs timbales. Les historiens disent que ce fracas qui avait pour objet d’animer le courage des guerriers, leur inspirait l’ivresse ou plutôt la fureur de la victoire. Le sultan de Nicée, que les Francs avaient vaincu plusieurs fois , nous dit comment ceux-ci se préparaient au combat. « Ils » élevaient leurs lances , marchaient à la fde , » et se taisaient comme s’ils eussent clé sans » voix; lorsqu’ils approchaient de l’ennemi ( nous » répétons les paroles du prince musulman), ils n se précipitaient comme des lions poussés par la » faim, grinçaient des dents , remplissaient l’air >) de leurs cris belliqueux (i). « Quelquefois les Sarrasins ouvraient leurs rangs comme pour lais^ ser passer l’ennemi , et pour l’accabler ensuite de leur multitude. D’autres fois, iis combattaient en fuyant, et s’efforcaient d’attirer les chrétiens dans des embuscades. La pensée d’une fuite , même .simulée, répugnait à la bravoure des Francs. « Il » y a des gens , dit un de leurs historiens, qui n regardent cette tactique des Turcs comme une
(i) Robeit-lc-Moinc. {Bibliolh. des Crois.)