‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 57 sur 209 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

ricrs allemands comme les modèles de toutes les vertus belliqueuses.

A chaque combat, on défendait aux guerriers de s’arrêter aux dépouilles de rennetni avant la victoire. Dans ce cas rien n’était plus difficile que de se faire obéir , et les défenses les plus sévères ne prévinrent pas toujours les malheurs qu’entraînait l’amour désordonné du butin. Parmi les causes de l’indiscipline dans les armées chrétiennes, on peut compter aussi rexlrêmc bravoure des chefs et des soldats. Cette bravoure ne reconnaissait point le danger, et toute précaution prise contre l’ennemi lui semblait une marque de faiblesse et de timidité. L’exemple du chien miraculeux, qu’on appelait le chien de Notre-Dame ^ et qui , au siège Afrique , avertissait les chrétiens de la présence de l’ennemi (i), caractérise fort bien cette insouciance du péril, et l’aveugle sécurité qu’on retrouve dans tous les cliampions de la croix. On avait un mal plus grave encore à redouter ; nous voulons parler de la licence des grands et des habitudes féodales que les chevaliers et les barons portaient au milieu des guerres saintes. Nous avons vu que dans la seconde croisade la ruine d’une armée florissante vint de la désobéissance d’un chef, désobéissance pour laquelle GeolTroi de Rançon ne fut puni que par la perte de son commandement et de sa renommée militaire (2). On

(i) Froissard.

(i) Odon de Deuil. {Bîblioth. des Crois.)

lllSÏOIRi: DES CROISADES.

nS

.sait f|iôiprès la prise de Plolcinaïs , Richard eut bien plus à se plaindre de la rivalité et de la jalousie des autres chefs que de l’indocilité des soldats. Rien n’est plus étrange, dans les annales de la guerre sainte, que l’armée de Frédéric II, qui juéconnaissait son chef par ordre de l’Eglise. Tandis que les croisés s’avauçaient dans la Palestine , les uns maudissaient l’empereur, les autres le suivaient de loin ; tous les ordres se donnaient au nom de la république chrétienne. La discorde des Musulhians sauva seule alors l’armée des pèlerins, et lui ouvrit les portes de Jérusalem.

Parmi les chefs des croisades , on a pu voir que les plus grands monarques n’étaient pas toujours ceux qui savaient le mieux se faire obéir. Guillaume Longue-Epée, ayant à se plaindre des princes et des barons français en Égypte, disait à Louis IX : « Vous n’éles donc pas roi , puisque vous ne pou- >> vcz faire justice (i) 7 » Ces paroles expriment àla-fois l’idée qu’on avait alors de la royauté, et l’état de désordre où se trouvait l’armée chrétienne. On sait comment Louis IX cl son armée tombèrent dans les fers des Sarrasins, et quelles furent les suites de la témérité aventureuse et de la bravoure indocile du comte d’Artois.

Nous ne répéterons point ici ce que nous avons dit si souvent des ordres militaires de la Terre-Sainte. Les Hospitaliers elles Templiers, les chevaliers

(i) Malliicu Pâris, Coll, de' clironiqucs anglaises. ( iBzblioth. des Crois. )

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