CHAPITRE XIV
Pour connaître à fond l’esprit des croisades , il ti’est pas inutile de savoir quels ont été , dans la guerre et dans la paix, les rapports des chrétiens et des Musulmans. Au milieu de l’animosité réciproque, rien n’était plus difficile qu’un rapprochement^ et les relations entre les deux peuples, ou plutôt entre les deux croyances ennemies, n’ont pas dû être fréquentes. Le premier exemple que nous eû offre l’histoire , c’est au siège d’Antioche ; on sait qu’alors il arriva au camp des croisés une ambassade du Caire. Les guerriers chrétiens , peu accoutumés au langage des négociations, conduisirent les ambassadeurs sur le champ de bataille , et chargeant en quelque sorte la victoire de parler pour eux, ils offrirent à la députation égyptienne les têtes des vaincus comme un témoignage de leurs sentimens et de leur puissance. Quelques-unes de no^^Hroniques nous apprennent qu’une ambassade^hrélienne accompagna au Caire les dé- TOM. VI. 9 *
i3o HISTOIRE DES CROISADES,
putes du calife (i) : nous avons peu de notions {K)sitives sur l’objet et sur le sort de cette députation des croisés ; mais si on en juge par les événemens qui suivirent , et surtout par la bataille d’Ascalon , on doit croire que ni les chrétiens ni les Musulmans d’Égypte n’avaient alors des intentions pacifiques. Nous avons parlé dans notre quatrième livre des députés que l’émir d’Éxas envoya aux croisés , maîtres de plusieurs villes de la Syrie, pour leur demander des secours contre le souverain d’Alep. On se rappelle que ce fut une colojnbe qui , à la grande surprise des pèlerins , porta à l’émir musulman la nouvelle du traité conclu avec Godefroi de Bouillon. Au reste, ce traité ne sauva point l’émir d’Ézas, qui , tombé ensuite dans les mains de ses ennemis, expia par son trépas une alliance inutile avec les disciples du Christ.
Après l’établissement du royaume de Jérusalem, il dut naître quelques rapports entre les chrétiens et les puissances musulmanes du voisinage. Dans leurs négociations avec les infidèles , les nouveaux conquérans de la Palestine se bornaient à déclarer que toutes les villes de la Judée appartenaient à Jésus-Christ et à saint Pierre, dont ils étaient les serviteurs. « Pourquoi, disaient l’émir et le cadi do » Césarée aux chrétiens qui assiégeaient la ville, >) pourquoi voulez-vous envahir notre pays et nous « donner la mort; puisqu’il est écrit que D^u nous )) a ci éés comme vous à son image ? chré-
(i) Ekk.caid, Coll, de Marlène. {Biblioth. des Crois. )