‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 66 sur 209 · LIVRE XXL i4i · texte numérisé non relu

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de l’Égyple , disaient-ils qu’on ne pouvait placer aucune confiance dans les chrétiens , et que parmi eux , les plus petits défaisaient sans cesse ce quavaicnt fait les plus grands (i). C’était un phénomène dans les croisades, surtout dans les derniers temps , qu’une trêve fût respectée jusqu’au jour de son expiration. Jamais on ne fut arrêté en Occident, lorsqu’on prêchait une guerre sainte, par la pensée que les colonies chrétiennes de Syrie se trouvaient en paix avec les Musulmans. L’espérance de la victoire ou la crainte d’une défaite , était la seule et la véritable mesure du respect qu’on avait pour les traités avec les infidèles.

Comme aucune puissance humaine ne pouvait garantir ni assurer l’exécution des traités, les parties contractantes invoquaient l’autorité des croyances religieuses, et se dévouaient elles-mêmes aux anathèmes que chaque religion prononce contre le parjure. Les chrétiens attestaient le nom de Jésus- Christ, et consentaient à renier le baptême s’ils violaient leurs sermens. Les Musulmans prenaient à témoin leur prophète , et se déclaraient d’avance infidèles aux lois du Coran , s’ils manquaient à la foi jurée. Dans certaines occasions on avait recours àdes moyens extraordinaires pour s’assurer de l’exactitude réciproque à remplir les traités. On voit quelquefois dans l’histoire les chrétiens et les barbares mêler leur sang dans une coupe et le boire

(i) Extraits des auteurs arabes, §. xciv. {Biblioth. des Crois, )

en signe d’alliance et de fralcrnilé (i). L’observation des lois de la paix ou de la guerre ne lut pas toujours garantie par ces differentes précautions; et tel était le mépris qu’on avait pour la sainteté des sermons, que de part et d’autre on se plaignait à peine de la violation du droit des gens, et que la rupture d’une trêve ne causait point de surprise.

Quand le sultan de Damas fut mort, dit une vieille chronique, toutes les trêves furent mortes (a). Ces expressions naïves peignent très bien le désordre et la confusion de cette époque malheureuse. Les chrétiens , dans leur état d’abaissement , ne négociaient plus pour la puissance , mais pour la vie. On s’afflige de voir ces tristes restes de la grandeur des Francs, pour qui les traités n’étaient plus que des actes de soumission ; on exigeait qu’ils démolissent leurs forteresses, et ils les démolissaient ; qu’ils renonçassent à toute alliance avec les peuples d’Europe , et ils y renonçaient ; ainsi les faibles enfans du royaume de Godefroi, dans leurs

(1) Joinville rapporte un exemple de celte coutume en parlant de quelques chevaliers qui avaient séjourné parmi les barbares. Une chronique manuscrite, dont nous avons donné l’extrait dans la Diblioth. des Crois. , raconte que Saladin et le comte de Tripoli burent ainsi de leur sang pour s’assurer de leur foi mutuelle. Ces divers exemples nous rappellent ce que dit Salluste dans son récit de la conspiration de Catilina.

(2) Continuation de Guillaume de Tyr, Coll. ampl. de

Marlène. {Bibliolh. des Crois.) .

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ilcrnlères relations avec les Sarrasins , de'savouaient en quelque sorte leurs frères d’Occident, et tremblaient de rappeler la gloire des croisades.

Quand l’Orient ne vit plus les armées de la croix, les traités de commerce devinrent le seul objet des négociations avec les Musulmans; il est curieux de voir avec quelle sagacité toutes les difficultés sont prévues dans ces pièces diplomatiques , et quel esprit de ruse et de prudence présidait à leur rédaction : plusieurs nous ont été conservées par les historiens orientaux ; lorsqu'’on les lit avec attention, on juge que les puissances musulmanes craignirent long-temps le retour des guerres saintes et qu’elles ne cessèrent point d’avoir pour les chrétiens de l’Occident les défiances et les préventions que leur avaient inspirées les croisés.

Nous ne parlerons point ici des rapports des Francs avec les Tartares; les peuples de la ïartarie ne se montrèrent sur le théâtre des événemens que vers la fin des croisades, et lorsque les colonies chrétiennes tombaient en ruines. La nation mogolc tenta plusieurs fois de pousser scs conquêtes jusqu’en Egypte ; et dans les vicissitudes de la guerre , elle fut tour-à-tour l’alliée des Musulmans et des chrétiens ; les Tartares , lorsqu’une fois ils eurent passé l’Euphrate, envoyèrent souvent des ambassadeurs aux rois de l’Europe, et ceux-ci de leur coté adressèrent aux Tartares plusieurs messages(i). Ou a conservé dans les archives de France deux lettres

(i) M. Abel Re'musat a complé neuf icntatives faites par

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ccriles à Philippe-le-Bel par le chef Je cette nation barbare (i). Les Tartarcs qui u’avaienl point de religion nationale embrassèrent à la fin la religion musulmane qui dominait on Asie. Si les nations chrétiennes leur eussent offert l’espoir d’une puissante alliance, il est probable qu’ils auraient embrassé le christianisme, et cette conversion des peuples mogols à l'Evangile aurait pu changer la face du monde.

N ous ne reviendrons point sur les négociations des Grecs et des Francs, dont nous avons souvent parlé. Toutes les fois que les croisés négocièrent avec les maîtres de la Grèce , soit pour leur passage, soit pour les vivres, ils eurent la pensée de s’emparer de Constantinople. A la fin Constantinople fut prise , et l’empire grec renversé: déplorable résultat d’une antipathie entre deux peuples qui s’accusaient tourà-tour de trahison , et ne pouvaient se rapprocher sans se haïr davantage. Quand les Grecs rentrèrent dans Bysance , des négociations s’ouvrirent de nouveau avec les Latins et surtout avec la cour de

les princes chrétiens pour se lier avec les Mogols , et jusqu’à quinze ambassades envoyées par les Tarlares en Europe, principalement aux papes et aux rois de France. ( Relations politiques des rois de France avec les empereurs mogols.) Nouveaux Mémoires de l’Académie des Inscriptions, tom. VI et VII.)

(i) Outre ces deux lettres, dont l’une est un rouleau de dix-huit pouces de haut sur neuf pieds de longueur, il en existe une autre de Bâton, adressée au grand - maître de l’ordre teulonique. Cette dernière est citée dans le Thésaurus Epistolicus de Lacrose, tom. I, pag. 53.

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