‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 67 sur 209 · LIVRE XXI. J · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. J

Rome : on promettait de secourir les Grées contre les Turcs, s’ils reconnaissaient la supre'matie de l’Eglise romaine ; ceux-ci promettaient de se sou mettre à tout ce qu’on leur demandait , surtout dans les momens de périls. Ce fut au milieu de ces relations entretenues par la craitite, auxquelles la dé* fiance présidait sans cesse, que l’empire grec tomba tout-à-fait en ruine, et que sa capitale devint enfin une proie facile poür les barbares qui la menaçaient depuis plusieurs siècles.

Nous ferons mieux connaître la diplomatie des croisades en présentant un tableau rapide des relations que les chefs de l’Église entretinrent avec les infidèles. Le premier message des papes aux puissances musulmanes est la lettre que Lucius III écrivit à Saladin, pour l’inviter à faire un échange de prisonniers (i). Le sultan se montra favorable à la demande du pontife , et répondit à Lucius qu’il avait reçu sa lettre auec ufi cœur content et un es-^ prit joyeux. Le frère de Saladin, à qui le pape avait écrit également , lui disait dans sa réponse qu’il le regardait comme son meilleur ami; Malek-Adel priait Dieu qu’il inspirât au chef de l’Église , ainsi qu’à lui-même, ce qu’il convenait de faire, avec le secours de la grâce divine, pour le salut des chrétiens et des Musulmans (2). Les termes affectueux

(1) Nous ne parlerons point de la lettre qu’ Alexandre III écrivit au Soudan d’Iconc quinze ans auparavant, parce que cette pièce n’est qu’une pieuse dissertation sur les doctrines du christianisme, et n’a aucun rapport aux croisades.

(î) Annales ecclésiastiques, ann. 1 185.

de celte correspondance peuvent exciter d’abord quelque surprise; mais il ne faut pas oublier que le nouveau maître de l’É^ypte et de la Syrie menaçait alors d’envahir la Palestine, et qu’il redoutait surtout une croisade qui pouvait l’arrêter dans ses desseins.

Lorsqu’après la mort de Saladin , Malek-Adel gouvernait l’empire des Ayoubiles , nous voyons s^e'tablir de nouvelles relations entre ce prince et le pape Innocent III. Dans sa lettre au sultan , le pontife expliquait la perte de Jérusalem en disant qu’il est au ciel un Dieu qui transporte les temps a son p;ré y et donne les royaumes de ce monde à qui il veutix). Puis il sollicitait la clémence du prince musulman en faveur des captifs et des malheureux babitans de la Terre-Sainte. Le pape conseillait eiiGn au souverain de Damas de rendre aux clirétiens la cité de Jésus-Christ, dont la conservation était sans avantage pour lui , et devait l’entraîner dans beaucoup de périls et de sacriGces. L’histoire ne dit point que le frère de Saladin ait répondu à celle lettre d’innocent.

Grégoire IX eut aussi des relations avec les princes infidèles , mais on remarque dans ses messages un autre esprit et un caractère différent. Le pape, s’adressant en même temps au calife de Bagdad, aux souverains du Caire et de Damas, se présentait auprès d'eux comme l’interprète des saintes écritures,

(i) Richard de .Saint-Germain, Coll, de Muratori. ( Bihliolh, des Crois.)

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