‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 70 sur 209 · LIVRE XXL i · texte numérisé non relu

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avail sans doulc quelque chose de vrai ; mais il serait exagéré de dire qu’il n’y eut ni trouble ni guerre pendant les croisades. Orderic Vital, dans son histoire, nous parle longuement de la guerre injusteet cruelle que poursuivit Guillaume-le-Roux , roi d’Angleterre , contre Hélie , seigneur du Mans. C’est en vain quele malheureux Hélie, qui avait pris la croix , invoqua les privilèges de la guerre sainte , et qu’il dit au monarque anglais : « Je placerai la » croix sur mon bouclier, sur mon casque, sur la » selle et sur la bride de mon cheval. » Guillaume n’en conduisit pas moins une armée dans le pays du Mans ; toute la contrée fut ravagée , Hélie jeté dans les fers; et ces violences sacrilèges , dit l’historien que nous venons de citer , se commettaient dans le même temps que les croisés marchaient vers Jérusalem.

L’abbé Suger, dans ses Lettres à Louis VII, reproche au roi de ne pas répondre à l’amour impatient de ses peuples, et de compromettre par ses retards la sécurité de son royaume, qu’avait troublée l’ambition des comtes et des barons (i). Wilbald , abbé de Corbie, qui gouvernait l’empire germanique en l’absence de Conrad, adresse les mêmes reproches et les mêmes prières à l’empereur d’Allemagne. La Lorraine se trouvait livrée aux brigandages , aux incendies , et ce qui aflligcait surtout

(i) Lettres de Suger à Louis VII , Coll, de Duchcsuc. {Biblioth. des Crois.)

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le fidèle prélat , ou n’avait pas même respecté les

privilèges de l’abbayc de Gorbie (i).

Les évêques avaient reçu du pape l’ordre formel d’excommunier tous ceux qui entreprendraient de l

troubler la paix publique, et qui usurperaient les droits des princes croisés. Ces menaces devaient :

produire un effet salutaire , mais elles avaient quelquefois besoin d’être accompagnées de la force t

temporelle , et la plupart des guerriers qui pouvaient faire respecter la justice, s’étaient rendus en t

Orient. On peut bien croire que les arrêts de l’E- 5

glise demeuraient souvent sans exécution , puisejue les sollicitations et les menaces du Saint-Siège ne ;

purent abréger ni adoucir la captivité de Richard ' ] Cœur-de-Lion , tombé entre les mains de ses enne- i

mis au retour de la Palestine, et devenu prisonnier d’un monarque chrétien. Si les foudres de Rome n’avaient pu mettre les rois à l’abri de l’injustice 1

et de la persécution , que pouvaient-elles pour les 1

simples pèlerins , pour leurs épouses et leurs enfans délaissés ! L’abbé de Clairvaux, qui disait , à la suite de scs prédications en France et en Allemagne, que les bourgs et les châteaux étaient déserts, et qu’en •beaucoup d’endroits il restait à peine un seul >j homme pour sept femmes (a) , l’abbé de Clairvaux, -

disons-nous, retraçait, sans le savoir, un tableau ^

(1) Leltres de l’ubbë Wilbald, nouveau Trésor des anec- *

doles de Marlène. ( Dihlioth. des Crois. ) t

(■2/ Oihon de Ficisingue , Coll, de Muralori. ( Diblioth, ^

des Crois.)

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