LIVRE XXL i
» pauvre cliarpcntier , placé sur un lieu élevé ,
» parla à tout le peuple réuni. Il prêcha le lélahiis- » sement de la paix publique j et pour allesler sa » mission, il montra la cédule sainte. Aussitôt tous » les assistans, émus par son discours, élevèrent la » voix , et jurèrent devant Dieu qu’ils étaieiil prêts » à prendre les armes contre les ennemis de la » religion et de l’humanité. Le sceau de la Vierge » Marie, imprimé sur l’étain et suspendu à leur » poitrine, devint le gage de la paix qu’ils avaient » jurée. Cette association se répandit dans les pro- » vinces voisines , et ses généreux efforts ürent » triompher les lois de la justice dans toute la M Septirnanie (i). » Cette espèce de croisade, formée contre le brigandage et la licence , nous offre un des spectacles les plus intéressans du moyen âgej mais il était difficile de retenir longtemps, dans le respect des lois et la fidélité à scs sermens , une multitude indisciplinée et victorieuse. Les chevaliers de la Vierge , restant toujours sous les armes , ne tardèrent pas à troubler la paix qu’ils avaient rétablie ; et leur troupe , aveuglée par un fol orgueil , vaincue et dispersée à son tour, fut traitée elle-même comme elle avait traité les ennemis de Dieu et des hommes.
On vit alors plusieurs autres associations ou rasserahlemens qu’un esprit de piété avait fait naître
(i) Chronique de Rigord , cliionogiaphc de Phili])pc- Auguslc, année i iHa. Rigoid ne dil [)as quelles fuient les suites de celle associulion.
i6(j HISTOIRE DES CROISADES,
et qui finirent par être la source des plus grands désordres. Nous ne citerons ici que ces pénitens , qui parcouraient les bourgs et les cités , marchant deux à deux , et se frappant de verges , secte insensée et bizarre , qui troubla l’Italie , qu’elle voulait édifier, et qui disparut pour faire place à d’autres sectaires non moins exaltés (i).
Lorsqu’on arrête un moment son attention sur ces populations qui se déplacent par un mouvement spontané, qu’aucune puissance humaine ne fait agir, et qui se croient appelées par le ciel à défendre ou à prêcher la religion , on ne peut s’empêcher d’y reconnaître quelque chose dé l’esprit et de l’entraînement des croisades. C’était toujours par des apparitions célestes , avec le secours de quelque révélation miraculeuse, qu’on échauffait les passions d’une foule aveugle , et qu’on arrachait le peuple à ses foyers et à ses travaux. Ajoutons que jamais l’Europe n’avait vu un pareil spectacle, ni dans les siècles anciens, ni dans les temps du mo^en âge qui avaient précédé les guerres saintes. La plupart de ces mouvemens populaires semblaient accuser ceux que la Providence avait mis à la tête des sociétés chrétiennes ; on disait que la justice divine s’était retirée des grands de la terre, même des princes de l’Église , et toute multitude qu’entraînait une inspiration religieuse, devenait comme le peuple de Dieu.
(i) La secle des flagellans.