LIVRE XXL i
Tel était l’élat lies esprits, que la société' ne se laissait plus conduire que par l’exaltation et l’enthousiasme. Pour être en harmonie avec les mœurs et les idées du temps , il fallait que la vertu , que la moraleeussent quelque chose de passionné et d’extraordinaire; la piété paisible et simple ne pouvait plus servir d’exemple; la dévotion ardente qui entraînait les guerriers en Asie, inspirait à beaucoup d’hommes pieux des austérités inouïes , et les conduisait dans des retraites inaccessibles. Le nombre des ermitages et des monastères , comme nous l’avons dit dans notre Histoire, s’accrut considérablement pendant les expéditions de la croix. Ainsi la société se dépeuplait de deux côtés à-la-fois, et par la même cause, car tous obéissaient à celte ardeur inquiète, à cet esprit d’exaltatiou religieuse, qui avaient ébranlé l’Occident ; les uns allaient fonder dos colonies dans des contrées lointaines, les autres dans des lieux incultes et sauvages ; les uns poursuivaient leurs conquêtes sur les terres des infidèles , les autres s’avançaient victorieusement dans le désert. Tandis que les croisés combattaient les Sarrasins ctsonifraient la faim , la soif et toutes sortes de calamités pour la cause de TÉvangilc , les cénobites luttaient avec la stérilité du sol et l’intempérie des saisons, se condamnaient à des misères qu’ils avaient choisies, et qu’ils offraient à Dieu : ces derniers , dans leur langage mystique, se disaient aussi les champions et les soldats de Jésus-Christ, et leur milice sainte se vantait d’être toujours armée contre l’ennemi du genre humain.
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De meme qu’un grand nombre de moines * avaient quille leurs cloîtres pour aller à la croisade , ainsi de pieux guerriers , en revenant de la conquête des lieux saints, allèrent s’enfermer dans les cloîtres. Beaucoup de comtes et de chevaliers qui avaient vendu leurs domaines, el qui ne retrouvaient pas un asile dans leur propre pays, n’avaient rien de mieux à faire que départager la retraite des cénobites (i). Les longues misères de la croisade, la vue du tombeau de Jésus-Christ délivré par leurs armes, leur avaient appris à connaître la vanilédes grandeurs humaines^ alors les camps des pèlerins et les solitudes de la piété offraient quelquefois le spectacle édifiant des mêmes vertus j et pour prouver que le même esprit anima souvent les soldats de la croix et les saints habilans du désert, il suffirait de rappeler les ordres religieux et militaires que firent naître les croisades , et dans lesquels, à côté des trophées de la victoire, on admirait les modèles de la charité évangélique et de l’humilité chrétienne.
Tandis qu’on allait combattre en Orient pour les vérités de la foi, il ii’cst pas indifférent de savoir à quelles erreurs, à quelles superstitions étaient livrés plusieurs peuples de l’Occident. Sur les rives
(i) Arpin, comte de Bi^urgcs , Guillaume de Montpellier dans la première croisade , etc. , etc. Les seigneurs qui avaient renoncé au monde pour aller se retirer dans le cloître, étaient réprésentes nus sur les tableaux, les basrtdiefs, les vitraux, etc. (Voyez la p. 17 des notes de Vllislorial du Jongleur, MM- Emile Morice et Langlès.)