‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 79 sur 209 · IDÉES GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

IDÉES GÉNÉRALES

Avant de donner notre opinion sur les re'sultals des guerres saintes , il nous a paru convenable de rappeler en peu de mots les jugemens que d’autres en ont portés. Dans le dix-septième siècle, si fécond en grands génies , on admirait l’héroïque bravoure des croisés, on déplorait leurs revers, et, sans s’occuper du bien ou du mal qu’avaient amené ces expéditions lointaines , on respectait les motifs pieux qui avaient fait prendre les armes aux guerriers de l’Occident. Le dix-huitième siècle , qui avait adopté toutes les opinions de la réforme, et qui les exagérait , le dix-liuilièmc siècle n’é-

pargna point les croisades, et ne manqua point d’en accuser l’ignorance , le fanatisme et la barbarie de nos aïeux ; peu de personnes savent aujourd’hui que (i) Voltaire publia, en 1753, unebistoire des croisades ; le sujet qu’il avait choisi était alors si décrié, et lui-méme jeta tant de ridicule sur lesévénemensqiEilraconlait, quesonlivre n’inspira point de curiosité, et ne trouva point de lecleurs. Rien n’égale la violence avec laquelle les auteurs de VEnejelopédie renchérirent peu de temps après sur l’opinion de Voltaire. Celte manière de juger les croisades était si généralement répandue , que les panégyristes de saint Louis s’y laissèrent entraîner , et que plusieurs d’entre eux, dans leurs discours, pardonnèrent à peine au pieux monarque ses exploits et ses malheurs en Egypte et devant Tunis.

Cependant une philosophie , éclairée par l’esprit de recherche et d’analyse , remonta aux causes des événemens, étudia leurs effets , et, par cela inèine qu’elle recherchait la vérité , elle fut moins poi léo à la déclamation et à la satire. Le judicieux Robertson , dans son introduction à l’histoire de Charles-Quint, pensa que les croisades avaient pu favoriser les progrès de la liberté, et le développement de l'esprit humain r soit que celte manière de voir flattât quelques opinions du temps , soit

(i) Celle lelalioii des croisades avait d’abord paru dans le Mercure -J elle fut iinpriincc cnsuilc en un polit volume. A oliaire l’a refondue dans son llisloirc générale.

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