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toute cnlrave, tantôt limitée par de sages lois^ ici floi'issaient le commerce , les arts et les sciences ; <iilleurs Tindustrie ne faisait aucun progrès, et l’esprit humain restait encore plongé dans les ténèbres. Qu’on nous permette défaire ici une comparaison qui reproduira toute notre pensée. Les principes ou les germes de la civilisation, au temps des croisades , ont été comme ces semences que l’orage emporte avec lui , et qu’il jette , les unes dans des lieux incultes , où elles restent ignorées et stériles , les autres sur une terre propice où l’action du soleil , une heureuse température et la féconililé du sol favorisent leur développement et leur font porter des fruits.
La difficulté d’apprécier les croisades, au moins dans leurs effets, vient de ce qu’elles n’ont ni entièrement réussi , ni entièrement échoué. Rien n’est plus difficile à juger que ce qui est resté incomj)let ; pour suppléer à ce qui nous manque , nous allons faire deux suppositions. Supposons d’abord que ces expéditions lointaines aient eu le succès qu’on pouvait attendre , et voyons, dans ce cas, ce qui en serait résulté. L’Egypte , la Syrie, la Grèce devenaient des colonies chrétiennes , les peuples de l’Orient et de l’Occident marchaient ensemble à la civilisation ; la langue des Francs pénétrait jusqu’aux extrémités de l’Asie; les côtes barbaresques, habitées par des pirates, auraient reçu les mœurs elles lois de l’Europe, et l’intérieur de l’Afrique ne serait plus dès long-temps une terre impénétrable aux relations du commerce , aux recherches des
IIISTOIIIE DhS CUOISADES.
sa vans el des voyageurs. Pour savoir ce qu’on aurait gagné à cette union des peuples sous les mêuaes lois et sous la même religion , il faut se rappeler l’état de l’univers romain sous le règne d’Auguste et do quelques-uns de ses successeurs , ne formant en quelque sorte qu’un même peuple , vivant sous la même loi , pariant la même langue. Toutes les mers étaient libres , les provinces les plus éloignées communiquaient entre elles par des routes faciles , les villes échangeaient leurs arts et leur industrie, les climats leurs productions diverses, les nations leurs lumières. Si les croisades avaient soumis l’Orient à la chrétienté, il est permis de croire que ce grand spectacle du genre humain , réuni sous les lois de l’unité et de la paix , aurait pu se renouveler avec plus d’éclat et d’une manière plus durable dans les temps modernes, et c’est alors que les opinions n’auraient point été partagées , qu’aucun doute ne se serait élevé sur les avantages des guerres saintes.
Qu’on fasse maintenant une autre hypothèse, et que notre pensée s’arrête un moment sur l’état où SC serait trouvée l’Europe, si les expéditions contre les Sarrasins d’Afrique et d’Asie n’avaient jamais été entreprises , ou si les armées chrétiennes n’avaient éprouvé que des revers. Dans le onzième siècle , plusieurs contrées européennes étaient envahies , les autres étaient menacées par les Sarrasins. Quels moyens de défense avait alors la république chrétienne, où la plupart des Etats se trouvaient livrés à la licence, troublés par la discorde,
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plonges ilans la baibaric V Si la cbrélienté , cnmiiK* le remarque un écrivain (i), ne fût sortie alors par toutes ses portes, et à plusieurs reprises, pour attaquer un ennemi rormidable , ne doit-on pa.s croire que cet ennemi eût profité de l’inaction des peuples chrétiens, qu’il les eût surpris au milieu de leurs divisions , et les eût subjugués les uns après les autres ? Qui de nous ne frémit d’horreur en pensant que la France, l’Allemagne , l’Angleterre et l'Italie pouvaient éprouver le sort de la Grèce et de la Palestine ?
Nous avons dit en commençant cette histoire que les croisades offraient le spectacle d’une lutte sanglante et terrible entre deux religions qui se disputaient l’empire du monde. Dans cette lutte formidable , les véritables moyens de défense consistaient dans la supériorité des lumières et des qualités sociales. Tant que l’ignorance de la barbarie régna sur les peuples de l’Occident , comme sur ceux de l’Asie , la victoire resta incertaine ; peut-être meme que la force se trouvait alors du côté du peuple le plus barbare , car il avait déjà toutes les conditions de son existence politique. Mais quand l’Europe vit naître pour elle l’aurore de la civilisation , et les croisades hâtèrent cette heureuse époque, elle connut enCn la sécurité, et ses ennemis commencèrent à redouter sa puissance.
. (1) M. de Bonald.
la
i’jB HlSTOmE DES CROISADES.
La religion musulmane, par sa doctrine du fatalisme , semblait interdire toute pre'voyance à ses disciples , et dans les jours malheureux elle ne relevait point le courage des guerriers. Les chrétiens, au contraire, ne perdaient aucune de leurs facultés dans les revers : souvent même les revers doublaient leur énergie et leur activité. Ce qui étonne le plus dans l’histoire des croisades , c’est de voir que les défaites des chrétiens , en Asie , es^citaient bien plus que leurs victoires l’enthousiasme de la population helliqueuse de l’Europe. Les prédicateurs des guerres saintes, pour engager les guerriers chrétiens à prendre les armes contre les infidèles , ne parlaient point de la gloire et de la puissance de Jérusalem , mais ils s’efforcaient , dans leurs lamentations pathétiques , d’exagérer les périls , les malheurs et la décadence des colonies chrétiennes.
Sous l’empire de l’islamisme, il n’y a que le despotisme qui soit fort ; mais la force du despotisme n’est presque jamais autre chose que la faiblesse des nations. La religion chrétienne a un autre but , quand elle dit à ses disciples : Aimez - vous comme des frères. Par toutes ses maximes , elle leur ordonne de se réunir , de s’aider, de s’éclairer les uns les autres. Elle double aiusi leur force , en les mettant sans cesse en communauté de travaux et de dangers , de craintes et d’espérances , d’opinions et de senlimcns. C’est cet esprit de sociabilité qui donna naissance aux croisades, et les soutint pendant deux siècles. S’il ne