LIVRE XXII. 1-J
put en assurer le succès , il prépara du moins la république chrétienne à se défendre pins tard avec avantage ; il fit des peuples de l’Europe comme un faisceau qu’on ne pouvait plus briser ; il créa , au milieu même des discordes , une force morale que rien ne pouvait vaincre ; et la chrétienté, défendue par cette force morale , put dire enfin aux barbares , maîtres de Bysance, ce que Dieu avait dit aux flots de la mer : Kom n’irei pas plus loin.
Ainsi , le christianisme et les vertus héroïques qu’il inspirait à ses disciples furent , dans le moyen âge, comme on bouclier invincible pour l’Europe chrétienne. Lorsque l’enthousiasme des croisades d’outre-mer commença à s’affaiblir , les chefs de l’Église invoquèrent encore l’esprit de l’Evangile , pour animer les peuples contre les Musulmans , prêts à envahir l’Allemagne et l’Ilalie, et , montrant toujours aux guerriers chrétiens la croix de Jésus- Christ , parvinrent quelquefois à réveiller, dans les cœurs , les sentimens d’un héro'isme religieux et patriotique. On ne peut donc nier que les croisades n’aient puissamment contribué à sauver les sociétés européennes de l’invasion des barbares , et ce fut là sans doute le premier et le plus grand de tous les avantages qu’en ait retirés l’humanité.
Nos lecteurs se rappellent que dans notre Histoire nous avons pris soin de montrer le caractère et la physionomie particulière de chaque croisade, et de faire connaître le bien elle mal qui en résultaient pour les contemporains. Maintenant nous
i8o HISTOIRE DES CROIS.U)ES.
embrasserons dans une revue ge'nérale toules les expéditions en Orient ; nous montrerons l’état des ro^'aumes de l’Europe au milieu des guerres saintes, l’origine des institutions et des lois , les progrès des lumières : laissant aux lecteurs éclairés le soin de juger eux-mêmes ce qui estl’ouvrage du temps, ce qui appartient à la politique des rois, aux passions luimaines, à l’influence du christianisme et des croisades.