LIVRE XXII. i
Dei per Francos , pour l'aire honneur à la nation belliqueuse des Français (i).
Parmi les Francs e'tablis en Syrie, on ne parlait guère que la langue française. Lorsque la race des Baudouins s’éteignit en Orient, les chrétiens du pays envoyèrent demander un roi à Philippe-Auguste, qui leur donna un de scs barons (a). Le nom de la France se mêlait à tons les grands événeinens des croisades , et les colonies chrétiennes , au-delà, des mers , étaient appelées la France d’Orient. Los liens de la patrie se resserrèrent davantage encore parmi les guerriers qui allaient combattre dans des contrées lointaines. Les Français, dispersés dans leur propre pays sous plusieurs dominations , étaient plus rapprochés entre eux , étaient plus portés à s’unir sous le ciel étranger de la Syrie et de l’Égypte.
D’autres causes purent aussi contribuer à entretenir cet esprit de nationalité. Quoi qu’il en soit, il UC lit que s’accroître d’âge en âge et de règne en règne ; à la Cn, il n’y avait rien de plus heureux pour les peuples , rien de plus glorieux pour les Jlionarques , que la réunion d’une cité à la cou-
(i) Quatre siècles plus lard , Botigars crut devoir donner à son Recueil des historiens des croisades, le litre de Gesta Dei per Francos , parce que , dit-il , c’est à la France que revint toute la gloire de ces expéditions. ( Biblioth. des Crois. )
(•i) Jean de Briciine. ( [ oyez- le xii«. livre de notre Histoire , 4'^- ddil. )
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ronne ; c’était une honte et un très grand mallieur pour la royauté que la perle et l’abandon d’une province, La France, au temps des gneri*cs saintes, semblait avoir, comme les Romains, son dieu Terme , qui ne reculait point et qui avançait toujours. Des revers purent l’affaiblir, mais ces revers passagers ne changèrent point le caractère de la nation. Mathieu Paris nous rapporte que Louis IX ayant résolu, après sa délivrance , de rester quelque temps en Palestine , avait promis à Henri III de lui rendre la Normandie ^ s’il venait à son secours avec une armée. A celte proposition , les barons de France , assemblés, par la reine Blanche , firent éclater leur mécontentement par de violens murmures, et dans leur indignation ils oublièrent un moment le respect et l’amour qu’ils devaient à un roi malheureux.^ Le roi d’Angleterre , lorsqu’il apprit la colère et les menaces des barons français, fut très effrayé, et ne jugea pas convenable, ajoute l’historien anglais, de pousser plus loin la négociation (i). Un siècle après les croisades , l’histoire nous offre un exemple louchant de ce patriotisme , pour qui rien n’était plus beau que d’être Français , et rien de plus triste que de ne plus l’être. Le roi Jean, sorti de sa captivité, avait cédé plusieurs provinces au roi d’Angleterre ; quand ce traité fut connu, plusieurs seigneurs du Languedoc et de la Gascogne (nous
(i) Mathieu Pâris , Coll, des chroiii(|ucs anglaises. ( Biblioth. des Crois. )