‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 85 sur 209 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

suivons ici le récil de Froissard) (1) ne voulurent mie obéir; aucuns disoient qu'il n’appartenoit point au roi de France de les quitter de leur Jbi. Dans le Poitou , dans le pays de la Rochelle , dans la Sainlouge, les barons, les chevaliers, les bonnes villes , supplièrent plusieurs fois le roi qu’il ne les voulût mettre aux mains de l’ étranger ; enfin ils obéirent, mais dirent bien les notables gens de la Rouhelle : nous serons et obéirons aux Anglais des lèvres , mais les cœurs ne s'en mouvront.

A ce besoin , si claîreinent manifesté , de res-*' serrer les liens de la famille , et de rassembler les parties dispersées d’une grande puissance, se joignit le désir de voir la France grandir et se fojti* fier contre toute domination étrangère ou rivale. Comme la véritable grandeur de la nation française venait d’un esprit d’union et de rapprochement , cette tendance salutaire devait être consacrée dans son organisation politique^ il fallait qu’un principe d’unité , une volonté suprême réglât tout , animât tout, et que la France pût marcher comme un seul homme à l’accomplissement de ses destinées; il fallait que dans son gouvernement, qui était sa vie, elle fût indépendante, avant que ses citoyens le fussent eux-mêmes, et qu’une époque de puissance et de gloire précédât celle de la liberté. Chose remarquable ! à mesure que la France s’élevait comme état et comme nation, on vit s’étend dre et s’accroître l’aifranchissement des cités et la

(i) Froissard, cbap. 21 3.

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i88 IIISTOIIIE DES CROLS.VDES.

liberté des cilo y eus. Il en est des sociétés politiques comme de la famille , où l’exercice des droits les plus précieux est réservé à l’agc présumé de la maturité et de la raison. S’il en eût été autrement , il est probable que la France ne serait point arrivée à ce point de grandeur et de prospérité où nous l’avons vue , et qu’elle aurait fini comme la malheureuse Italie.

La fortune de la France se servit surtout du pouvoir royal pour opérer ces prodiges, et voilà pourquoi les Français ont toujours montré plus d’affection pour la royauté que les autres peuples ; elle fut un point de ralliement qui rassembla tout ce qui était dispersé, et rapprocha ce qui était désuni. De même que Newton a expliqué le monde , par le seul principe de l’attraction, il nous semble qu’on pourrait expliquer aussi la France par cette royauté, qui fut, dès les premiers temps, un centre commun, un point de gravitation, autour duquel tout devait agir, se mouvoir et s’agrandir.

Nous ajouterons à ce que nous venons de dire , que la monarchie obtint dans les croisades ce qu’elle n’aurait jamais obtenu dans d’autres temps et par d’autres moyens, des levées de soldats , des taxes sur le peuple, des impôts sur la noblesse et même sur le clergé. Les assemblées des prélats et des barons, auxquelles la royauté n’avait plus recours, et dont on ne parlait plus depuis près d’un s;ècle , furent alors réunies auprès du trône pour délibérer sur chaque croisade. Il dut en résul-

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