‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 88 sur 209 · LIVRE XXIÎ. i · texte numérisé non relu

LIVRE XXIÎ. i

Richard , passionné pour la guerre , saisit celte occasion avec ardeur, ne voyant dans son avènement au trône qu’un moyen de lever de l’argent et des soldats, et de se faire une grande renommée militaire en Asie. Il leva des impôts sur les Anglais avec plus de rigueur peut-être qu’il ne l’eût fait sur les Sarrasins vaincus. Ses combats contre Saladin lui obtinrent une place distinguée parmi les grands capitaines du moyen âge; mais comme roi, que devait-on attendre d’un prince qui , avant de partir, avait vendu les prérogatives de sa couronne , et regretté de ne pas trouver un acheteur pour sa capitale? Il versa des larmes sur Jérusalem, qu’il ne pouvait délivrer; et son peuple, abandonné aui factions , n’obtint de lui qu’un souvenir tardif et stérile. Sa captivité mit le comble à tous les maux causés par son séjour en Orient. Pour connaître la situation déplorable des sujets de Richard , il suffirait de lire les lettres adressées par Eléonore de Guyenne au pape Célestin. Deux Gis lui restaient pour consoler sa vieillesse ; l’un gémissait dans les prisons de la Germanie, l’autre ravageait le royaume par le fer et le feu; l’imagination troublée de cette princesse ne voyait que des sujets d’affliction, que des discordes sanglantes , de grands malheurs annonçant d’autres calamités. Dans son désespoir, elle prévoyait les révolu lions futures de l’Angleterre, car l’excès du désespoir a souvent quelque chose de prophétique ; et s’adressant au pontife de Rome: « Le temps de la dissension approche, s’écriait- » elle, les jours de trouble et de péril ne sont pas TOM. VI.

IlISTOIllE DES CROISADES.

» loin, ces jours où la tunique du Christ doit se » décliirer, où le monde chrétien verra se briser » le filet de Pierre , et l’unité catholique se dis- » soudre (i). » Cette prédiction singulière ne s’accomplit que long-temps après les croisades d’outremer , mais nous devons penser que les paroles d’Éléonore exprimaient alors , non seulement les chagrins d’une mère, mais la disposition des esprits , le mécontentement et les misères du peuple anglais.

Lorsque Jean-Sans-Terre fut couronné roi, on levait en Angleterre un tribut snr le clergé et sur le peuple pour une croisade. Le frère de Richard ne prit point la croix ; bientôt un grand crime lui fit perdre la Normandie, et son gouvernement lui aliéna l’affection des peuples. Ayant irrité contre lui le clergé anglais , le nouveau roi attira sur sa tête les anathèmes de l’Eglise ; le pape Innocent III offrit son royaume à Philippe-Auguste, et promit les privilèges des pèlerins de Jérusalem à tous ceux quiprendraientlesarmes contre lui. Pour échapper au péril , Jean prit le parti de se déclarer le vassal du Saint-Siège et donna l’Angleterre à Dieu , aux apôtres saint Pierre et saint Paul, à Innocent III et ses successeurs (2). Cette cession d’un royaume désolé n’apporta à la cour de Rome qu’une

(1) On trouvera une traduction des lettres d’Éléonore au pape Célestin , dans notre extrait des Actes de Rhymer. ( Biblioth. des Crois. )

(a) Spicilége de d’Achery, pag 5^8, tom. III.

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