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sordre «énéi al, chacun avait trouve les raovens de s’agrandir et de se conserver , tandis que le chef de l’empire ne pouvait ajouter un fief à ses domaines, et que sa famille , ne pouvant s’appuyer sur le droit d’hérédité , n’avait point d’avenir. Tous les efforts des empereurs n’avaient pu empêeher que la couronne ne restât élective; ainsi la succession des souverains de l’Allemagne dépendait du choix de la noblesse et des princes, qui eux-mêmes s’étaient affranchis de toute dépendance envers les souverains. Parmi les princes qui montèrent sur le trône impérial , plusieurs exercèrent une grande influence par leur habileté ou leur bravoure ; mais cette influence, toute personnelle, ne donnait aucune force à la couronne et mourait avec eux. Des entreprises aventureuses et des guerres portées au-delà des Alpes , contribuèrent aussi à l’affaiblissement de leur puissance : l’histoire contemporaine se plaignait déjà de la politique imprévoyante de l’Allemagne, qui , du sein de ses nuages , lançait une j)luie de fer sur l’Italie (i) ; les rives du Tibre et du Pô furent pour les monarques teutons ce que la Germanie avait été autrefois pour Auguste et ses successeurs; ils y perdirent leurs légions, et ne purent jamais s’y maintenir. Dans ces expéditions imprudentes, ils rencontrèrent sur leur chemin les papes qui leur déclarèrent une guerre d’extermination. Deux familles d’empereurs succombèrent sous
(i) Cornélius Zunlliet , Coll, de Malienne. [Dibliolh^ des Crois. )
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les foudres de Rome; et tandis qu’ils s’épuisaient en vains efforts pour régner sur la Lombardie ou sur le royaume de Naples , ils aclievèreiit de perdre ce qui leur restait de puissance en Allemagne.
Au milieu de toutes ces révolutions , il n’est pas facile de distinguer quelle put être l’influence des croisades sur les destinées de la nation allemande. On sait que l’Allemagne, proprement dite, ne prit aucune part à la première expédition, et que les peuples de celte contrée , préoccupés des longs débats élevés entre le sacerdoce et fempire , eurent besoin , pour accourir sous les drapeaux de la guerre sainte , de voir se multiplier les prodiges du ciel(i) , et surtout d’apprendre la délivrance de Jérusalem.
Lorsqu’on prêcha la seconde croisade, Conrad II tenait en main les rênes de l’empire. L’éloquence de saint Bernard , ou plutôt le bruit de ses miracles , échauffa le zèle des Allemands et de leur chef. Les démêlés qui survinrent dans cette expédition , entre les maîtres de Bysance et l’empereur teuton , renouvelèrent ou accrurent l’antipathie des Grecs et des Latins, et celte antipathie amena avec elle beaucoup de misères pour les croisés, et peut-être aussi les revers où périrent les armées les plus floris.santes de l’Allemagne. La préséance que Conrad obtint à Jérusalem sur Louis VII (2) ,
(1) L’abbc Ekkcarcl, Coll, de Marlcmie. {Bill, des Crois. ) (■i) Muiius, Coll, des chroniques alleuiaiides. {Biblioth, des Crois.)
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et l’honneur d’avoir pourfendu un géant sous les murs de Da mas (i), furent les seuls avantages ouïes seuls titres de gloire qu’il rapporta de l’Orient; dans un bref du souverain pontife , il fut proclamé le premier défenseur de Œglise (a) ; mais ce qui dut surtout lui mériter la confiance des peuples, il avait laissé, en partant pour l’Asie, un ministre qui fut pour l’empire ce que l’abbé Suger était dans le même temps pour la France.
Quarante ans plus tard, l’enthousiasme des croisades écbaulla de nouveau les peuples germaniques. Frédéric Barberousse , qui commandait les nouveaux croisés , passait pour le plus grand homme de guerre de son temps, et les soldats qui l’accompagnaient en Asie, étaient cités comme les modèles de la discipline et delà bravoure ; l’empereur d’Allemagne allait se réunir à deux grands monarques de l’Occident qui l’avaient précédé en Palestine. On espérait que les Sarrasins seraient détruits , que l’orgueil dos Sarrasins serait pour jamais abattu, et ce triomphe, auquel devait s’associer Frédéric, pouvait ajouter à sa gloire comme à sa puissance , parmi les peuples chrétiens. Il en arriva autrement, et la petite rivière du Sélef fut comme un abîme où vinrent s’engloutir toutes les espérances de la troisième croisade (3). L’histoire
(i) Odon de Deuil. {Bibliolh. des Crois.)
(a) Lettres de l’abbé Wilbald ,■ Coll, de Martenne. ( Bihlioth. des Crois. )
(3) Tageuon , Godefroi-le-Moine, Ansberg , la Relation anonyme J etc. {^Bibliolh. des Crois. )
ne nous dit point quelles furent alors les plaintes de l’Allemagne ; mais , par un caprice singulier de la fortune , c’est la rançon de Richard, retenu captif par le (ils de Frédéric, qui paya les frais de la guerre sainte (i) j et si nous en croyons les traditions, la capitale de l’Autriche, dont Ænéas Sylvius vantait plus tard les somptueux édifices , fut rebâtie dans le même temps avec les trésors du monarque anglais (2).
Quand les guerres saintes commencèrent, les foudres do Rome grondaient déjà sur le trône impérial; vers la lin des croisades, l’orage devintplus violent; on serappellequ’Urbainll, après le concile de Clermont, n’invoqua point les armes des croisés pour combattre l’empereur, qu’il poursuivait de ses malédictions; plus tard on n’imita point cette modération envers Frédéric II, et l’étendard d’une guerre sacrée fut levé contre lui, lorsqu'il était luimême revêtu de la croix. Le Saint-Sépulcre, délivré , ne put servir d’asile au chef de la sixième croisade , et la conquête de Jérusalem ne le défendit point des formidables anathèmes du Saint- Siège; Frédéric , de son côté, opposa la guerre à la guerre, la violence à la violence. Comme les deux partis montrèrent une obstination égale , et que leurs forces se balançaient, la lutte fut longue et terrible ; quand la famille de Souabe succomba ,
(1) Giiilluunic de Ncubridge. {Bihlioth. des Crois.)
(•i) Thomas EbendoriTer , Coll, des tbrouiques allcman des. {Dihiioth. des Crois.)
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Tiîile raillit entraîner toute l’Allemagne clans sa chute. Cependant l’empire germanique, ébranlé de toutes parts, ne périt point ; et ce corps immense, dont les élémens étaient si compliqués , résista par sa propre masse j au défaut d’un pouvoir protecteur , il se forma des associations qui en tinrent lieu ; les diètes , ou assemblées nationales , dans lesquelles les villes, les princes avaient leurs députés, et qtii se montrèrent toujours animées d’un esprit de concorde et de modération , conservèrent les traditions législatives , et servirent de lien pour réunir les débris dispersés de la force et de la puissance. Le sentiment du péril inspira des idées d’ordre public, et du sein du chaos sortit celte confédération allemande qui , avec quelques modifications , subsista jusqu’à la fin du siècle dernier.
Cette confédération profita des guerres saintes ^ et vit alors augmenter sa population et son territoire. Les expéditions contre les infidèles d’Orient avaient fait naître l’idée de combattre les payens et les idolâtres, dont les peuplades habitaient les rives de la Vislule, du Prégel et du Niémen. Ces peuplades, soumises parles croisés, entrèrent dans la république chrétienne, et firent partie de l’association germanique. A l’aspect de la croix, des villes sortirent du sein des déserts et des forêts, telles que Dantzick , Thorn , Elbing, Kœnigsberg , etc. La Finlande, la Lithuanie , la Poméranie , la Silésie , devinrent sous l’étendard du Christ des provinces florissantes ; ou vit naître de nouveaux peuples , se former de nouveaux Etats , et pour achever ces
■joG HISTOIRE DES CROISADES,
prodiges, les armes des croisés marquèrent la place où devait s’élever une monarcliie que le moyen âge n’a point connue, et que l’âge présent a vue tout-àcoup monter au rang des grandes puissances de l’Europe. A la lin du treizième siècle, les provinces dont la monarchie prussienne tire son nom et son origine étaient encore séparées de la chrétienté par l’idolâtrie et par des moeurs sauvages; la conquête et la civilisation de ces provinces furent l’ouvrage des guerres religieuses.
Nous ne finirons point ce chapitre sans parler des croisades contre les Turcs. Les assemblées de la nation proclamèrent souvent les dangers de la religion et de la patrie (i). Leurs délibérations, il est vrai , furent quelquefois comparées à celles des Athéniens, où l’on prenait de belles décisions qu’on n’exécutait point; il faut remarquer néanmoins qu’à cette époque la constitution germanique reçut ses derniers développemens , et que les maximes du droit des gens, consacrées par les lois , devinrent la plus sûre garantie de la paix publique. Si, plus tard, l’Allemagne perdit son unité religieuse parla réforme de Luther, elle retrouva quelque chose de son unité politique dans une législation généralement adoptée. A mesure que les Turcs s’avançaient vers le Danube, la puissance impériale se releva tout-à-coup , comme pour répondre à la grandeur du péril , et la fortune de la
(i) Voyez les discours relatifs aux croisades , Coll, des chroniques allemaudcs. ( Bihlioth, des Crois, )