‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 96 sur 209 · LIVRE XXir · texte numérisé non relu

LIVRE XXir

sieurs États s’élevèrent , les uns parla conquête, les autres par la fortune, sans qu’ils pussent jamais être réunis par un lien commun (i). Au dixième siècle, la royauté apparaît un moment; mais les peuples, déjà préoccupés de leurs divisions intérieures, ne la regardèrent ni comme un point de ralliement, ni comme un moyen de salut. Plus tard l’influence des papes défendit quelquefois l’Italie contre 1 invasion et le joug des empereurs allemands; toutefois la lutte fut si longue, et la guerre entre ces deux puissances, qui amena les Guelfes et les Gibelins, eut tant d’alternatives, qu’elle ne fit que perpétuer le trouble et le désordre. Rien ne prouve mieux l’état de dissolution dans lequel se trouvait l’Italie, que la manière dont elle essaya de constituer son existence politique dans les douzième et treizième siècles. Cette division en plusieurs États, ce morcellement de territoire, cette population nombreuse partagée en mille fractions, n’annonçaient que trop l’absence de toutcentre commun et de tout esprit de nationalité (2). Le même pays comptait plusieurs peuples; trente cités

(1) On peut consulter sur l’It.ilie au moyen âge les Annales d’Italie , par Muratori ; les Dissertations sur les antiquités à' Italie, par le même auteur; V Abrégé chronologique de C histoire générale d’Italie, par Saint-Marc, etc.

(2) M. Sismondî nous a fait connaître, jusque dans les moindres détails, toutes les républiques italiennes; et quoique son ouvrage ne soit point à l’abri de l’esprit de prévention et de système, on ne peut se dispenser de le lire pour avoir une juste idée de l’état de l’Italie au moyen âge.

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avaient cliaciiue leurs lois, leurs intérêts, leurs annules; ces violentes animosités entre les répu-, bliijues, ces guerres perpétuelles entre les citoyens, l’exaltation des partis, partout substituée au patriotisme, celte haine pour tous les voisins, cette dédauce pour tout ce qui était proche, celle jalousie qui n’épargnait que les étrangers et les gens venus de loin , achevèrent d’éloulFcr dans les esprits la tendance à se former en corps de nation, et firent enfin oublier jusqu’au nom do rilalie.

Le système féodal fut aboli en Italie plus tôt qu’ailleurs; mais, avec le système féodal, on vit disparaître Tanlique honneur des preux et les vertus de la chevalerie. Dans ces républiques, défendues le plus souvent par des mercenaires, on cessa d’estimer la bravoure et ce qu’elle porte avec elle de senlimens généreux. Des familles entières envoyées en exil ; la moitié des populations massacrée ou bannie des foyers domestiques ; des villes détruites de fond en comble : tels sont les fréquens spectacles que nous offrent les guerres civiles d’Italie. Au temps des croisades, les papes entreprirent plus d’une fois de rétablir la concorde ; mais leurs efforts furent presque toujours inutiles, et jamais la trêve de Dieu , décrétée par les conciles , proclamée dans chaque guerre sainte , ne put porter scs bienfaits au-delà des Alpes.

On ne peut nier que le génie de la liberté n’ait quelquefois enfanté des prodiges, et que plusieurs des républiques italiennes n’aient eu des époques glorieuses. Mais les passions ardentes de la démo-

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