LIVRE XXII
cratie hâtèrent leur corruption , et les progrès de cette corruption furent si rapides, qu’au commencement du quatorzième siècle, le Dante n’eut qu’à regarder autour de lui pour trouver le modèle de son enfer (i).
Au milieu de tant de désordres, il n’est pas facile de suivre et d’étudier l’influence qu’eurent les croisades sur le sort de l’Italie. Dès le commencement du douzièmesiècle, les villes delaToscane et de la Lombardie étaient florissantes; plusieurs avaient envoyé une partie de leur population sous les drapeaux de la croix, et la riche cité de Milan se vantait d’avoir une armée assez nombreuse pour abattre l’orgueil des Sarrasins.
Les villes maritimes de l’Italie , Pise, Gênes, Venise, étaient parvenues au plus haut degré de prospérité ; elles durent cette prospérité aux relations commerciales que l’Italie entretenait avec l’Orient avantles guerres saintes , relations qui ne firent que s’étendre et se multiplier pendant les expéditions d’outre-mer. C’était un singulier spectacle que celui de ces républiques qui ne possédaient qu’un coin de terre au bord de la Méditerranée, et qui avaient sans cesse les yeux sur la Syrie, sur l’Egypte et sur la Grèce. On ne peut surtout s’empêcher d’admirer cette république de Venise, dont la puissance avait partout devancé les armes des
(i) Oanie Âlligliieri naquit à Florence, au mois de mai ia65, et mourut à Ravemie, le i4 septembre idai.
croisés , et que les peuples du moyen âge regardaient comme la reine de l’Orieul. L’iiisloire a fait connaître les services que les peuples d’Italie rendirent aux guerres saintes, soit en approvisionnant les armées chrétiennes, soit en s’associant à la conquête des villes maritimes de la Palestine , soit enfin en combalUinl les flottes des infidèles. Elles établissaient partout des colonies,- elles possédaient une partie de toutes les villes conquises par les croisés (i). Jacques de Vitry se plaît à louer le zèle, l’activité, la prudence, le patriotisme dos Italiens qui habitaient la Terre-Sainte (a).
Il faut remarquer néanmoins que ITtalie n’entra point dans l’esprit des croisades comme les autres peuples de l’Occident, et que la population de ce pays fut rarement entraînée par cet enthousiasme désintéressé qui présidait alors à tout ce qu’il j avait de noble et de grand dans les sociétés chrétiennes. Toujours préoccupés des profits de leur commerce et de leur industrie , les peuples maritimes de l’Italie, en se mêlant aux guerres saintes, obéissaient bien plus à l’esprit de cupidité qu’aux opinions dominantes. L’établissement d’un comptoir, l’acquisition d’un avantage commercial, les intéressaient bien autrement qu’une victoire remportée sur les infidèles. Ils fournissaient, il est vrai, des vivres, des armes aux croisés j mais on sait qu’ils furent souvent accusés d’en fournir aux
, (i) Caflaro, Sanuli, Bizaro. ( Bihlioth. des Crois. ) (2) Jacques de Vitry. {Bibliolh. des Crois.)