LIVRE XXII. ai.I
Musulmans. Après la destruction des colonies chrétiennes, un historien de Florence se contente de remarquer que le commerce d’Italie avaitperdu la moitié desesavantages (i). Enxiii mot, les Italiens s’occupèrent peu de faire triompher la cause de la croix , lorsqu’ils ne pouvaient profiter de la victoire pour eux-memes, et nous ne craignons pas d’etre accusés d’injustice, en disant qu’ils ne prirent des croisades que ce qui devait les enrichir et les corrompre.
La population italienne avait peut-être alors plus de lumières que le reste de l’Europe; elle marchait à une sorte de civilisation. Mais ce qui ne tarda pas à la faire rétrograder , c’est qu’elle s’avançait toute seule , et que dans sa marche elle se sépara des sociétés contemporaines. On a comparé les républiques d’Italie, dans le moyen âge, à celles de l’ancienne Grèce ; et cette comparaison suffirait pour prouver que leur existence était fragile et périssable. Un état ne se conserve et ne prospère long-temps , que lorsqu’il est fondé sur les mœurs , les croyances et le caractère des générations auxquelles il appartient; les serviles imitations d’un autre siècle , et les vains souvenirs d’un temps qui n’est plus, et qui ne doit plus revenir, ne peuvent rien fonder de durable parmi les hommes; Rome elle-même, en rêvant au milieu de ses vénérables ruines qu’elle devait être encore la ville des consuls ou des Césars, oublia qu’elle
(i)- Villani. {Bibliolh. des Crois.)
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était la capitale du monde chrétien , la ville des pontifes, et cette préoccupation qui l’égara dans tout le moyen âge, nuisit à sa véritable destinée. Chose remarquable, cette cité, si fière des trophées du Capitole et du vieil éclat des aigles romaines , ne s’associa point à la gloire des guerres saintes , et nous ne voyons qu’une seule fois des soldats romains dans les armées parties pour l’Orient (i).
On remarque que, pendant les croisades, le désordre et la corruption de l’Ilalie étaient restés les mêmes, tandis qu’on trouvait quelque changement ou quelque amélioration dans les autres pays. La société, toujours prête à se dissoudre, semblait n’avoir d’autre mobile que la fureur des partis , d’autre vie que la discorde et la guerre civile ; on n’y avait de garantie contre la licence que la tyrannie, contre la tyrannie que le désespoir des factions j vers le milieu du treizième siècle, toute l’Italie se leva en armes contre le tyran Eccelino (2), et cette guerre fut une véritable croisade; mais à cette croisade sainte succédèrent des discordes nouvelles, et
(1) Ce fut au sirge de Damiette, où commandait Jean de Brienne, que les Romains parurent pour la première fois sous les drapeaux de JÀus-Christ; c’est à leur retraite impnidente qu’on attribua la perte de la bataille où ils s’étalent montr<s. (Chronique de Tours. Biblioth. des Crois.') Voyez ce que dit cette même chronique sur les Romains, dans le récit qu’elle a fait de la reddition de Damiette en 12a i ; ce récit est traduit à la fin du 3e. vol. de notre Histoire.
(2) Annales eccle's. , ann. ia54. (Voyez ce que nous avons dit à ce sujet, à la fin du ive. livre de notre Histoire. )
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ccsinirnilies, ccs vcngcunccs,donllc rëciteslà peine vraiscmbJablc dans nos trage'dics. Comme rélciidue cl la puissance de la plupart des petits États qui couvraient l'Italie , comme la force des partis qui se disputaient les cités , étaient rarement proportionnées à leur ambition, ils cherchèrent leur élévation ou leur salut dans tous les moyens que pouvait leur suggérer la trahison ou la periidic. Les complots, les coups-d’état, les attentats les plus odieux, tout leur semblait bon , tout leur paraissait convenable pour appuyer leurs querelles et pour satisfaire leur besoin d'agrandissement ou leurs passions jalouses. En un mot, toute morale disparut, et ce fut alors que se forma cette école de politique, dont on retrouve les leçons ou plutôt la satire dans le livre do Machiavel.
Enfin la liberté se retira d’un peuple qui n'avait invoqué son nom qu'au milieu des désordres de la licence et des crimes de la guerre civile. A la place de ces démocraties turbulentes qu’on ne retrouve plusàla fin du quatorzième siècle, s’élevèrent des princes et des ducs, qui substituèrent les intrigues (l'une diplomatie obscure et timide aux passions populaires, et quelquefois mirent leur ambition à favoriser la renaissance des arts et des lettres, la véritable gloire de l’Italie.
Les contrées situées entre la Méditerranée et les Alpes ne furent point pour cela à l’abri de l’invasion des étiangcrs; les peuples italiens coiitiniièrent ii être le jouet ou la proie des guerriers accourus de toutes les parties de fOccidcnl; et ce qu’il
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y a tle curieux , c’est qu’un pays dont la population n’e'tait point belliqueuse, vit se former dans son sein la première école de guerre qu’aient connue les temps modernes (i).
Le royaume de Naples et de Sicile, placé aux extrémités de l’Italie , était pour les croisés le chemin de la Grèce et de rOrient; des richesses qui semblaient n’avoir point de gardiens , un territoire que ses habitans n’avaient jamais su défendre, durent souvent tenter la cupidité ou l’ambition des princes et même des chevaliers qui allaient chercher fortune en Asie. L’histoire de ce pays se mêle , pendant plus de deux siècles, à celle des expéditious d’outre-mer. L’Allemagne, la France, l’Aragon , la Hongrie, lui donnèrent lour-à-tour des rois , et chacun de ces rois apportait avec lui la guerre. On invoqua dans ces guerres l’autorité de l’Église ; on montra souvent les images de la croix; on prêcha, en un mot, plus de croisades pour l’asservissement de ce malheureux royaume, qu’on n’en avait prêché pour la délivrance de Jérusalem ; et toutes ces croisades ne firent que jeter le désordre et la confusion parmi les peuples d’ItaUe et dans une grande partie de l’Europe.
(i) Muratori, Antiq. ital., dissert. aâ.