LIVRE VINGTIÈME
fait scs prédécesseurs, tout ce qu’il avait fait lui-même pour éviter de si grauds malheurs. Il accusait l’iDdiSérencc des princes et des peuples; il menaçait toute l'Europe des mêmes calamités, si elle ne se hâtait de prendre les armes contre les Turcs. Les exhortations du pape restèrent sans effet; Scanderberg, ne rapportant avec lui que quelques sommes d’argent qu’il avait obtenues du saint-siège, revint dans son pays ravagé par les Ottomans ; et, peu de temps après son retour, il mourut à Lissa couvert de gloire, mais désespérant de la noble cause pour laquelle il avait combattu toute sa vie.
Tel fut alors l’asceudant d’un grand homme , que sous ses drapeaux les Grecs, depuis longtemps dégénérés , rappelèrent les plus beaux jours de la gloire militaire de la Grèce : la petite province de l’Albanie avait résisté pendant vingt années à toutes les forces do l’empire ottoman. La mort de Scanderberg jeta 1e désespoir parmi ses compagnons d’armes. Accourez, braves Albanais! s’écrièrent-ils sur les places publiques, redoublez de courage, car les remparts de tÈpire et delà ilaeédoine sont maintenant tombes en poussière'. Ces paroles étaient à la fois l’oraison funèbre d’un héros et celle de tout son peuple. Deux années furent à peine écoulées, que la plupart des villes de l’Épire tombèrent au pouvoir des Turcs; et, comme Scanderberg l’avait annoncé lui-même au pontife de Home, il ne resta plus d’athlètes de Jésus-Christ à l’orient de la mer Adriatique.
Toutes les enti'eprises contre les inûdèlcs se bornèrent dès lors à quelques expéditions maritimes des Vénitiens et des chevaliers de Rhodes. Ces expéditions ne sulTisaient point pour arrêter les progrès des Ottomans. Mahomet II s’occupait toujours de l’invasion de l’Allemagne et de l’Italie. Résolu de porter un dernier coup à scs ennemis, il voulut, à l’exemple des pontifes romains , employer l’ascendant de la religion pour exciter l’enthousiasme et la bravoure des musulmans. Au milieu d’une cérémonie solennelle, en présence du divan et du mufti, il jura de renoncer à tous les plaisirs et de ne jamais détourner son visage de l’occident à V orient, s’il ne renversait et ne foulait aux pieds de ses chevaux les dieux des nations , ces dieux de bois, d’airain, d’argent , d’or et de peinture, que les disciples du Christ se faisaient de leurs mains. R jura d’exterminer de la faee de la terre l’iniquité des chrétiens, et de proclamer du
■ Harin BirllM
HISTOIRE DBS CROISADES.
levant au couchant la gloire du Dieu de Sabaotk et de Mahomet. Après cette déclaration menaçante , l’empereur turc invitait tous les peuples circoncis qui suivaient ses lois, à se rendre auprès de lui pour obéir au précepte de Dieu et de son prophète.
Le serment de Mahomet II fut lu dans les mosquées de l’empire, à l'heure de la prière. De toutes parts, les guerriers ottomans aceou* rurent à Constantinople. Déjà une armée du sultan ravageait la Croatie et la Carniole; bientdt une flotte formidable sortit du canal, et vint attaquer l’ile d'Eubée ou de Négrepont , séparée par l'Euripe de la ville d’Athènes, que les historiens turcs appellent la ville ou la patrie des philosophes. A la première nouvelle du danger, le pape avait ordonné des prières publiques dans la ville de Rome. Il alla luimême, nu-pieds, en procession devant l'image de la Vierge; mais le ciel, dit l’annaliste de l’Église, ne daigna pas exaucer les prières des chrétiens. Négrepont tomba au pouvoir des Turcs; toute la population de rile fut exterminée ou traînée en esclavage. Un grand nombre de ceux qui avaient défendu leur patrie avec courage, expirèrent dans les supplices. La renommée publia en Europe les excès de la barbarie ottomane, et toutes les nations chrétiennes furent saisies d’horreur et d'effroi.
D'après les dernières victoires des Turcs , l’Allemagne devait redouter une prochaine invasion , et les côtes d'Italie se trouvaient menacées. Le cardinal Bessarion adressa une exhortation éloquente aux Italiens, et les conjura de se réunir contre l’ennemi commun. Le pape fît tous ses efforts pour apaiser les discordes , et vint à bout de former une ligue entre Ferdinand, roi de Sicile, Galéas, duc de Milan, et la républic|ue de Florence. Ses légats allèrent solliciter les secours des rois de France et d’.Angletcrre. Sur sa pressante invitation, l’empereur Frédéric III convoqua une diète à Ratisltonnc, ensuite à Nuremberg, dans laquelle on vit paraître les députés de Venise, de Sienne, de Naples, ceux de la Hongrie et de la Carniole, qui tous racontèrent les ravages des Ottomans, et représentèrent avec les couleurs les plus vives les malheurs qui menaçaient l'Europe. Dans ces deux assemblées, on prit plusieurs résolutions pour la guerre contre les musulmans ; mais aucune ne fut exécutée. Tel était l'aveuglement général, (|ue ni les exhortations du pape, ni les progrès effrayants des Turcs, ne purent réveilier le zèle des princes et des peuples. Les chroniques du temps parlent de plusieurs miracles par lesquels Dieu