‹ Histoire des croisadesChapitre 9 sur 213 · LIVRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME

la plupart sans armes y sans munitions et presque nus. Les vives exhortations du pape n’avaient point ému les chevaliers et les barons de la chrétienté. Les pauvres et les hommes de la dernière classe du peuple paraissaient avoir été plus frappés des dangers de l’Europe que les riches et les grands de la terre. La foule des croisés réunis à Ancône ressemblait moins à une armée qu’à une troupe de mendiants et de vagabonds. Chaque jour la disette, les maladies, en faisaient des martyrs. Pic II fut touché de leurs misères; mais, comme il ne pouvait fournir à leur entretien , il retint ceux qui étaient en état de faire la guerre à leurs frais, et renvoya les autres avec les indulgences de la croisade.

L’armée chrétienne devait se diriger sur les côtes de la Grèce et se joindre à Scanderberg , qui venait de vaincre les Ottomans dans les plaines d’Ochride. On avait envoyé des députés aux Hongrois, au roi de Chypre, à tous les ennemis des Turcs en Asie , sans oublier le roi de Perse , pour les avertir de se tenir prêts à commencer la guerre contre Mahomet.

La petite ville d’Ancône attirait les regards de toute l’Europe. Quel spectacle, en effet, plus intéressant pour la chrétienté que celui du père commun des fidèles bravant les périls de la guerre et de la mer, pour aller dans les contrées lointaines venger l’humanité outragée , briser les fers des chrétiens, et visiter ses enfants dans leur atlliction ? Malheureusement les forces de Pie II ne répondaient point à son zèle, et ne lui permirent pas d’achever son sacrifice. La flotte était prête à mettre à la voile , lorsque la fièvre qu’il avait en sortant de Rome , aggravée par les fatigues du voyage, devint une maladie mortelle. Sentant sa fin approcher, il convoqua les cardinaux : « Mon heure a est venue, leur dit le moribond , Dieu m’appelle à lui, je meurs « dans la foi catholique où j’ai vécu. J’ai fait jusqu’à ce jour tout ce « que j’ai pu pour les brebis qui m’étaient confiées. Je n’ai épargné « ni travaux ni dangers. J’ai offert ma vie pour le salut commun. Je « ne puis achever ce que j’ai commencé. C’est à vous de poursuivre « l’ouvrage de Dieu. Ne laissez pas périr par votre négligence la cause « de la foi ; car vous êtes appelés dans l’Église pour lui porter secours <c lorsqu’elle en a besoin... » Le souverain pontife finit son exhortation, que nous abrégeons, en demandant pardon aux cardinaux pour les péchés qu’il avait commis envers Dieu et pour les torts qu’il pouvait avoir eus envers eux; puis, levant un peu la main, il les embrassa

tous en pleurant. Les cardinaux, les larmes aux yeux, et tombant au pied de son lit, lui demandèrent pardon de leurs fautes. Pie II moiu’ut en leur recommandant les chrétiens d’Orient, et les derniers regards qu’il ji?ta sur la terre se portèrent vers la Grèce opprimée par les ennemis de Jésus-Christ'.

Paul II, qui fut élu pape, s’engagea au milieu du conclave à suivre l'exeinple de sou prédécesseur. Mais déjà les croisés assemblés par Pie II étaient retournés dans leurs foyers. Les Vénitiens, restés seuls, |)ortèrcnt la guerre dans le Péloponèse , sans pouvoir obtenir de grands avantages contre les Turcs. Ils dévastèrent les pays qu’ils allaient délivrer, et le plus remarquable de leurs trophées fut le pillage d’Athènes Les Grecs du canton de Lacédémone et de quelques autres villes, qui, dans l’espoir d’être secourus , avaient levé l’étendard de la liberté, ne purent résister aux janissaires , et tombèrent victimes do leur dévouement à la cause de la religion et de la patrie. Scanderberg, dont les Turcs assiégeaient la capitale, vint alors solliciter lui-même les secours du pape. Reçu par Paul II, en présence des cardinaux, il déclara devant le sacré collège qu’il n’y avait plus en Orient que l’Épirc, et dans l'Épire que sa petite armée qui combattit encore pour la cause des chrétiens. D ajouta que, s’il succombait, personne ne resterait pour défendre les chemins de l'Italie. Le pape donna les plus grands éloges à la bravoure de Scanderherg, et lui fit présent d’une épée qu’il avait bénie. Il écrivit en même temps aux princes de la chrétienté pour les engager h secourir l’Albanie. Dans une lettre adressée au duc de Bourgogne, Paul II gémissait sur le sort des peuples de la Grèce , chassés de leur patrie par les Barbares; il déplorait l’exil et la misère des familles grecques venant chercher un refuge en Italie , mourant de faim et sans vêtements, entassées pêle-mêle sur les rivages de la mer, tendant les mains au ciel, et suppliant leure frères, les chrétiens, de les secourir ou de les venger’. Le chef de l’Église rappelait tout ce qu’avaient

< Oq vislle dans la cathédrale de Sienne ane salle qai porte le nom de Mlle de la BibliotliéqQe • parce qa’elte renferme de vieox et de grands livres de chœur : les mors de la salle représentent dix fresques eonsacrées aux principaux souvenirs hlstoriqnes de la vie de Pic II ; ces peintures furent cxccniécs sur le dessin de RapliaH , qui avait alors â peine vingt ans. La prédication de la croisade an concile de Mamooe et la belle et toucbaiiic scime d'Ancône, n’oul pas été oubliées par le peintre. (Vojet T4MeaHe et Home, par H. Poujoolal, letU XVI.)

a Épltre \L1 de Jacques, cardinal de Pavle.

’ Cctlre lettre de Paul U adressée au duc de Bourgogne, se trouve dius le recoeU des lettres dn rardiital de Pavie, ép. CLXllL

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