‹ Histoire des croisadesChapitre 11 sur 213 · LIVRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIEME

manifesta sa puissance dans ces jours malheureux * ; mais sans doute que le plus grand des miracles de la providence fut que l’Italie et l’Allemagne ne tombassent point au pouvoir des Ottomans, lorsque personne ne se présentait plus pour les défendre.

Après la mort de Paul II, qui ne put voir le succès d'aucune de ses prédications et de ses entreprises, son successeur, Sixte IV, ne négligea rien pour la défense de la chrétienté. A peine monté sur le trène pontifical, il députa des cardinaux dans plusieurs États de l’Europe pour prêcher la paix entre les chrétiens et la gueire contre les Turcs. Les légats avaient pour instruction spéciale de presser la levée des décimes pour la croisade. Ils étaient autorisés à lancer les foudres de l’excommunication contre ceux qui s’opposeraient à cet impèt ou qui en détourneraient les produits. Cette sévérité, qui occasionna des troubles en Angleterre et surtout en Allemagne, réussit dans d’autres pays, et fournit au souverain pontife des moyens de préparer la guerre. Mais aucun des princes de l’Occident ne prenait les armes ; et la chrétienté se trouvait toujours exposée aux plus grands périls, lorsque la fortune lui envoya du fond de l’Asie un secours qu’elle n’espérait point.

De toutes les puissances qui avaient promis de combattre les Ottomans, la seule qui tint sa promesse fut le roi do Pei-se, auquel Calixte ill avait envoyé un missionnaire et qui s’était déclaré le fidèle allié des chrétiens. Dans sa réponse , le roi de Perse donnait au pape les plus grands éloges, l’encourageait dans sa résolution d’attaquer Mahomet II, et lui annonçait que lui-méme allait commencer les hostilités’. Lorsqu'on reçut sa lettre à Rome, ses troupes s’avançaient à travers l’Arménie , et déjà plusieurs villes ottomanes étaient tombées au pouvoir des Persans. Mahomet fut obligé d’abandonner ou de suspendre scs projets de conquête du cété de l’Europe pour marcher contre ses nouveaux ennemis avec la plus grande partie des forces de son empire.

On aurait pu profiter de cette puissante diversion des Persans ; mais les Vénitiens, le roi de Naples et le pape, se présentèrent seuls pour

* 5farslltiis Fkioos, dans sot troisième livre de Retifunu chrUiunâ, rapporte sons la daieUSt qo’Qiie fllle d*Aucâiie, paralytique depuis sou eofance, et un nomme Üiiudelle de Florence, qui depuis plusieurs années ne pouvait parlera cause iTune coniusioii a la gorge, fureul subitement guéris en condraation de la foi.

‘ La lettre que le roi de Perse adressa an pontife de Home se troove dans le maauKrit de Vaniellcs, lettre B, n» p. 179. On U lit aussi dans Haynaldi, ann. U7t, iS.

HISTOIRE DBS CROISADES.

faire la guerre aux Ottomans. Le souverain pontife avait fait construire vingt-quatre galères avec le produit des décimes levées pour la croisade. Cette flotte, commandée par le cardinal Caraffe et réunie dans le Tibre, après avoir été bénie par Sixte IV* alla se joindre à celles de Venise et de Naples, et parcourut les côtes de ITonie et de la Pampbylic, portant la terreur dans toutes les villes maritimes des Ottomans. Les Vénitiens ne manquèrent pas de diriger la flotte chrétienne contre les villes dont la richesse et le commerce leur faisaient ombrage. Satalie et Smyme furent livrées à toutes les fureurs de la guerre : la première , située sur les côtes de la Pamphylie , était l’entrepôt des productions et des marchandises qu'on tirait de l’Inde et de l'Arabie. La seconde , située sur la mer d’Ionie , avait de riches manufactures, un commerce florissant. Les soldats chrétiens commirent dans ces deux villes tous les genres d’excès qu’ils avaient jusqu'alors reprochés aux Turcs. Après cette expédition de pirates, la flotte regagna les ports de l’Italie , et le cardinal Caraffe rentra dans Rome en triomphe, suivi de vingt-cinq captifs montés sur de superbes chevaux et de douze chameaux chargés des dépouilles de l’ennemi Les enseignes prises sur les musulmans et la chaîne du port de Satalie furent solennellement suspendues à la porte et aux voûtes du Vatican.

Pendant qu’on célébrait à Rome ces faibles avantages remportes sur les infidèles , Mahomet portait des coups plus terribles à ses ennemis ; et, lorsqu’il revint à Constantinople, il avait détruit les armées du roi de Perse. Ce qui donnait à l’empereur turc un avantage immense sur les puissances qui s’armaient contre lui, c’est que celles-ci n’étaient presque jamais d’accord entre elles, ni pour la défense, ni poiu* l’attaque. La discorde ne tarda point à renaître parmi les princes chrétiens et surtout parmi les États de l’Italie. Le pape lui-même oublia l’esprit de paix et d’union qu’il avait prêché ; il oublia la guerre sainte; et Venise, restée seule dans la lutte contre les Ottomans, fut obligée de demander la paix à Mahomet.

Les Ottomans profitaient de la paix comme de la guerre pour accroître leur puissance. Il ne restait plus rien des tristes débris de l’empire grec. Venise avait perdu la plupart de ses possessions dans 'Archipel et dans la Grèce; Gênes perdit enfin la riche colonie do

■ Jacipics Volalerran, numuc. dn archlns <la Vaiican, n» to, et l'épllre CCCCXLIX da cardinal e

* Cociolan Cépio, Uv. I ; Bàl. hùr^ pan. 2, Ut. IX, p. 9 ; et Petr. JustinUni , Ut. IX.

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