‹ Histoire des croisadesChapitre 100 sur 213 · LIVRE VINGT-UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UNIÈME

delà des mers. Nous lisons dans Guillaume de Nangis que, le pape Eugène III célébrant à Reims le sacrifice de la messe, le sang de Jésus-Christ se répandit sur le tapis devant l'autel ' ; dans le même temps le tonnerre tomba sur un monastère de la Picardie, tandis que les moines étaient à l'église, et deux cénobites furent atteints dans le sanctuaire par la foudre du cieP ; on augura de là de grandes calamités pour le monde chrétien , et bientôt l’Allemagne et la France désolées apprirent les désastres de la seconde croisade. Pendant la sixième expédition, le pape avait ordonné qu’on ferait, chaque mois et le môme jour, dans toutes les paroisses une procession pour demander à Dieu qu’il éloignât des ai'mcs chrétiennes la confusion et l’opprobre ’. A la messe solennelle, au moment où l’hostie salutaire est offerte pour les péchés du monde, tous les fidèles se prosternaient humblement et chantaient en chœur le psaume martial : Que le Seigneur se lève, cl que tous ceux qui le haïssent fuient devant sa face. Dans une lettre écrite d’Orient, on disait aux fidèles qui n’avaient pas pris la croix : a Assemblez-vous pour prier le vendredi qui précédera a l’anniversaire du triomphe de Jésus-Christ ; car le même jour nous « combattrons les Sarrasins. » Ainsi la prière unissait ceux qui combattaient en Asie et ceux qui n’avaient point quitté leurs foyers. La chrétienté offrit un spectacle encore plus touchant dans une croisade contre les Turcs : on sonnait la cloche chaque jour à l’heure de midi, et depuis la Norwégc jusqu’au détroit de Cadix tous les chrétiens priaient ensemble pour leurs frères qui défendaient Belgrade assiégée par Mahomet II.

Nous avons dit , d’après les chroniques du temps , c(ue pendant les guerres saintes les désordres qui troublaient l’Europe cessaient tout à coup. Cette suspension miraculeuse de toutes les discordes avait sans doute quelque chose de vrai; mais il serait exagéré de dire qu’il n’y eut ni trouble ni guerre pendant les croisades. Orderic Vital , dans son histoire, nous parle longuement de la guerre injuste et cruelle que poursuivit Guillaume le Roux, roi d’Angleterre, contre llélic, seigneur du àlans. Ce fut en vain que le malheureux Hélie , qui avait pris la croix , invoqua les privilèges de la guerre sainte et qu’il dit

1 Otnliaumc de }iingis(Bihlioth('qve dèt Crohadei),

* Vincent de Beauvais de» Croi»ades)^

> A IVpoqac de cUacunc de ces prt>t c»sion$« le clergé prescrivait le jeûne et l'aamdnc, afin quê Pun et rature fu»sent comme des eiUs qui pi^riasunt !es pr:ire» des chrilicn» jusqu'au frOne U 7ÈUr%eL

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au monarque anglais : o Je placerai la croix sur mon bouclier, sur « mon casque, sur la selle et sur la bride de mon cheval, » Guillaume n'en conduisit pas moins une armée dans le pays du Mans; toute la conlree fut ravagée , Hélie jeté dans les fers ; et ces violences sacrilèges, dit rhistoricn que nous venons de citer, se commettaient dans le même temps que les croisés marchaient vers Jérusalem.

L’abbé Suger, dans ses lettres à Louis VU, reproche au roi de ne j)as répondre à l’amour impatient de ses peuples, et de compromettre par scs retards la tranquillité de son royanme, qu’avait troublée l’ambition des comtes et des barons AVilbald, abbé de Con'cy, qui gouvernait l’empire germanique en l'absence de Conrad, adr(^sp les mêmes reproches et les mêmes prières à rempereur d'Allemagne. La Lorraine se trouvait livrée aux brigandages , aux incendies, et , ce qui allligeait surtout le fidèle prélat , on n’avait pas même respecté les privilèges de l’abbaye de Corvey

Les évêques avaient reçu du pape l’ordre firmel d’excommunier tous ceux qui entreprendraient de troubler la paix publique et qui usurperaient les droits des princes croisés. Ces menaces devaient produire un effet salutaire ; mais elles avaient quelquefois besoin d’être accompagnées de la force temporelle, et la plupart dos guerriers qui pouvaient faire respecter Injustice, s’étaient rendus en Orient. On peut bien croire que les arrêts de l’Église demeuraient souvent sans exécution , puisque les sollicitations et les menaces du saint-siège ne purent abréger ni adoucir la captivité de Richard Cœur-de-Lion , tombé entre les mains de ses ennemis au retour de la Palestine et devenu prisonnier d’un monarque chrétien. Si les foudres de Rome n’avaient pu mettre les rois à l’abri de l’injustice et de la persécution, que pouvaient-elles pour les simples pèlerins , pour leurs épouses et leurs enfants délaissés? L’abbé de Clairvaux , qui disait , à la suite de ses prédications en France et en Allemagne, tpie les bourgs et les châteaux étaient déserts et qu’en beaucoup d’endroits il restait à peine un seul homme pour sept femmes’, l’abbé de Clainaux, disons-nous, retraçait sans le savoir un tableau fidèle de la croisade et de tous les genres de malhem's ([u’elle devait entraîner après elle.

' Lettre tic Sii(;cr h Louis VII, Coll* de Purltesne [BiUiothiçtte dei Croisadet'),

’ Lciircsde t’jibltc >Yilbald, noavcaa Trésor des anecduics de Marieunc [Dibliotkique i<s Cro/«

• Oi'aon de rrcisin^cn, CoU. de )furalori {Biblioihêque da Ctoitidci)»

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