CHAPITRE XVI
CE Ql'I SE PASSAIT EN ECBOPC PENDANT LES CBOISADES.
ES croisades étaient un grand spectale pour les générations contemporaines. Dans tout(!S ces expéditions loin- I taines, l’Europe ne cessait d’avoir les regards attachés sur la Syrie et sur les chemins qui conduisaient à Jéni- ! Salem. Les croisés ne livraient pas un combat, n’éprouvaient pas une défaite, que le briiii n’en retentit dans toute la chrétienté. On a vu quels transpoits firent éclater les lidèles lorsque tout à coup ils apprirent que la ville sainte avait été délivrée par les compagnons de Godefroy. Dans les cités, dans les chêteaux, dans les cabanes des serfs, dans les cloîtres, partout on répétait le nom de
< si>n. (iCt.
> Cicmc:! V2 [AuHfite* eccU»., aiin. 1333.)
Jérusalem ; toutes les familles chrétiennes étaient dans la joie, comme si le ciel eût annoncé ii chacune d’elles ses bénédictions et qu’un ûgo de bonheur eût commencé pour le monde. Quatre-vingts ans plus tard, lorsque la cité de Jésus-Christ fut reconquise par Baladin, uu deuil universel s’étendit sur l'Église latine; l’Occident aurait vu moins de désolation au milieu de scs peuples , si quelque grand fléau eût détruit les cités les plus florissantes, ou si la moitié de ses habitants eût péri par la guerre ou par la colère céleste.
L’Europe ne s’aflligcait et ne se réjouissait que pour les événements qui se passaient loin d’elle ; on ne se jiassionnait que pour ce qui arrivait de l’Orient, et tout ce qui ne s’accordait point avec les passions dominantes était livré à l’anathème. C’était en vain que les déserteurs de la première croisade, pour excuser leur fuite, racontaient leurs misères ou leurs périls : persoime ne voulait les croire ; on avait pleuré leur absence, on maudissait leur retour, et l’Église, réunie à tout le peuple, les menaçait des vengeances du ciel, s’ils ne se hâtaient de retourner en Asie Comme on était persuadé que Dieu favorisait les armes des pèlerins, on croyait facilement aux récits de leurs victoires; malheur aux imprudents qui les premiers répandaient la nouvelle de quelque grand désastre essuyé par les armées de la croix ! Dans la première expédition de Louis IX, la renommée avait d’abord annoncé la prise du Caire, et dans toutes les églises le clergé et le peuple avaient chanté le Te Deum laudamus pour cette conquête des croisés ; l’histoire nous apprend qu’on fàt mourir comme des criminels ceux qui, au milieu de la joie publique, commencèrent â parler de la captivité du roi
Les chrétiens restés en Europe avaient, comme la foule des croisés, leurs pronostics et des signes qui leur présageaient les triomphes ou les revers des pèlerins. L’histoire contemporaine remarque qu’une aurore boréale qui avait vivement frappé l’attention des croisés au siège d’Antioche, fut aperçue en raê*me temps dans la Normandie ’ et •regardée comme le signal des événements qui devaient arriver au
* comte de Blois, Hugues le Grand, frère du roi de France, et aolres, furent contraints de reprendre le chciuîn de Jérusalem.
* Mathieu Paris raconte qu'ou {lendit ceux qui axaient les premiers parlé des malbears de l’armée rtirctieane. t'n siècle plus lard, le peuple de Paris roallraita ceux qui annoncèrent d’alioni la capü> vile des chevaliers de la croix vaincus à NicojioUs par Dajazel ; plusieurs furent jetés dans la Seine, et la renommée cm ain^i scs martyrs.
^ Raoul de Caen, Coll, de Muraloii {DilUiUhèqtu lUt Croitada)»