‹ Histoire des croisadesChapitre 104 sur 213 · LIVRE VINGT-ÜNIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-ÜNIEME

chronique allemande rapporte qu’au départ de la première expédition plus de douze mille Israélites périrent par le glaive'. L’éloquence de ssint Bernard et les brefs des papes les défendirent contre les passions aveugles de la multitude ; mais l'humanité des docteurs et des sages de ces temps barbares se bornait à protéger leur vie j leurs biens étaient rarement respectés par les pèlerins, qui se ruinaient pour aller en Orient et qui se persuadaient que les juifs devaient au moins payer les frais de la sainte entreprise ; quelquefois on les imposait, comme le clergé et les cardinaux, au dixième et au vingtième de leurs revenus ; souvent on abolissait les dettes contractées envers eux, on confisquait au profit du fisc ou de l’Église tout ce qui leur était dù. Cependant nous les voyons toujours poursuivre leurs usures; c’est entre leurs mains que les seigneurs qui avaient pris la croix engageaient leurs revenus , quelquefois leurs terres ; le clergé luimême, qui s'enrôlait sous les drapeaux de la croisade, leur empruntait l’argent nécessaire pour le pèlerinage, et il arrivait souvent que pendant tout le temps d'une guerre sainte, les vases sacrés et les ornements des églises restaient en dépôt chez ce peuple auquel on reprochait la mort de Jésus-ChrisU

L’esprit qui avait produit les croisades prit quelquefois une direc tion différente, et toutes ces passions religieuses qui menaçaient l’Orient éclatèrent en Europe, semblables à ces orages qui tantôt sont portés au loin , tantôt se précipitent sur les lieux mômes où ils ont été formés. On connaît la révolution des pastoureaux, qui troubla lin moment la France pendant la captivité de saint Louis; les peuples se persuadèrent que Dieu rejetait les sacrifices des grands de la terre et qu’il voulait confier la défense de son héritage aux faibles et aux petits. Cette révolution se renouvela dans le commencement du quatorzième siècle , et parait avoir eu aux deux époques le même mobile et le même caractère politique et religieux’.

Parmi ces troubles, occasionnés par l’esprit des guerres saintes, nous devons signaler le délire qui s’était emparé de la jeunesse et de l’enfance elle-même : nous voulons parler de cette croisade d’enfants

■ Arnulrs de l'évi^hi de Boniberi, I»r Martin Holounil, Coll, detclironiqaei allemandes [BiUiiitheiiMe àti CrModeé),

' La cUruniqoe de GuiUaooe de Nangis a neonlé avec des dèlails (orx ceHeax les deox boqvcmeots des pasiourcaux ; noos avous rapporté loas ces dèlails daus l'aiuljse que nous avons donace de relie chronique ( BiÙiUkiqut da C'oitûdeê),

qui éclata quelques années après la prise de Constantinople par les Latins. Comme toutes les lois humaines se taisaient à l’aspect de la croix , personne n’osa s’opposer à cette entreprise , qu’on regardait comme une sainte révolte contre l’autorité paternelle et les lois profanes de la famille. Lorsqu’on enfermait ces jeunes insensés, les |)ortes des prisons s’ouvraient à ces seuls mots : Nous allons à Jérusalrm; et, si un homme sage hasardait un conseil, une réprimande, on l’accusait aussitôt d’étre le partisan ou le complice des hérétiques et des infidèles. Ceux qui voulaient prêcher la paix et faire entendre la voix de la raison ne parvinrent enfin h être écoutés sans scandale, qu’en représentant les instigateurs de ce mouvement désordonné comme des magiciens ou comme des missionnaires du démon.

Les croisades furent le prétexte de plusieurs autres désordres. Une chronique d’Autriche nous rapporte qu’en Allemagne un grand nombre d’aventuriers et de vagabonds prirent la croix et les armes, et se répandirent dans les provinces exigeant par la violence les tributs (jue les empereurs avaient étal)lis pour l’entretien et la défense des saints lieux '. Plusieurs clercs réunis à ces nouveaux croisés annonçaient au nom de Dieu que les fidèles qui ne paieraient point le tribut de la guerre sainte, seraient maudits , et leurs maisons brûlées par le feu du ciel. L’histoire ajoute que [tersonne n’osa élever la voix contre ces rassemblements séditieux ; l’Allemagne attendit qu’ils se dissipassent d’eux-mômes , comme on attend la fin d’un orage ou d’un fléau de la nature contre lesquels la force de l’homme est impuissante.

Pour faire diversion è ces tristes tableaux, nous parlerons d’une association (|ui fut formée à la mémo époque et qu’on appela l’Institution de Dieu, a Le Seigneur, dit un auteur contemporain , apparut a dans la ville du Puy à un pauvre charpentier nommé Durand, et lui « donna une cédule où se trouvait empreinte l’image de la Vierge I tenant dans ses bras un enfant qui paraissait être Notre-Seigucur a Jésus'Christ. Dès que cette nouvelle eut été portée au loin par la a renommée, on accourut de toutes parts dans la ville du Puy, et , le U jour de l’Assomption, le pauvre charpentier , placé sur un lieu élevé, « parla h tout le peuple réuni. Il prêcha le rétablissement de la paix a publique, et, pour attester sa mission, il montra la cédule sainte. « Aussitôt tous les assistants , émus par son discours, élevèrent la

* Thomas EbendorlTer [BibUoihique des Croisades),

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