‹ Histoire des croisadesChapitre 105 sur 213 · LIVRE VINGT-ÜNIËME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-ÜNIËME

a voix , et jurèrent devant Dieu qu’ils étaient prêts à prendre les « armes contre les ennemis do la religion et de rUumanilé. Le sceau « de la vierge Marie, imprimé sur l’étain et suspendu à leur poitrine, B devint le gage de la paix qu'ils avaient jurée. Cette association se O répandit dans les provinces voisines , et scs généreux efforts firent B triompher les lois de la justice dans toute la Septimanie » Cette espèce de croisade formée contre le brigandage et la licence , nous offre un des spectacles les plus intéressants du moyen Age ; mais il était difficile de retenir longtemps dans le respect des lois et la fidélité à ses serments une multitude indisciplinée et victorieuse. Les chevaliers de la Vierge, restant toujours sous les armes, ne tardèrent pas à troubler la paix qu’ils avaient rétablie, et lenr troupe, aveuglée par un fol orgueil , vaincue et dispersée à son tour , fut traitée elle-même comme elle avait traité les ennemis de Dieu et des hommes.

On vit alors plusieurs autres associations ou rassemblements qu’un esprit de piété avait fait naître et qui finirent par être la source des plus grands désordres. Nous ne citerons ici que ces pénitents qui parcouraient les bourgs et les cités marchant deux à deux et se frappant de verges , secte insensée et bizaire, qui troubla ritalie qu’elle voulait édifier, et qui disparut pour faire place à d’autres sectaires non moins exaltés

Lorsqu’on arrête un moment son attention sur ces populations qui se déplacent par un mouvement spontané, qu’aucune puissance humaine ne fait agir , et qui se croient appelées par le ciel à défendre ou à prêcher la religion, on ne peut s’empêcher d’y recoimaitre quelque chose de l’esprit et de l’entraînement des croisades. C’était toujours par des apparitions célestes, avec le secours de quelque révélation miraculeuse, qu’on échauffait les passions d’une foule aveugle et qu’on arrachait le peuple à ses foyers et à ses travaux. Ajoutons que jamais l’Europe n’avait vu un pareil spectacle ni dans les siècles anciens, ni dans les temps du moyen ûge qui avaient précédé les guerres saintes. La plupart de ces mouvements populaires semblaient accuser ceux que la providence avait mis à la tête des sociétés chrétiennes; on disait que la justice divine s’était retirée des grands de la terre, même des princes de l’Église, et toute multi-

' CbroQiqoe de Rigord, ebronognpbe de Pbilii»i>c*AugQ5ie. année 4 {{^3. Rigurd ne dit [tas qncIlM lorem les soiles de cctle associatioi.

’ La sctic des nagclUois.

tudf! qu’entratnait une inspiration religieuse devenait comme le peuple de Dieu.

Tel était l'état des esprits , que la société ne se laissait plus conduire que par l’exaltation et l’enthousiasme. Pour être en harmonie avec les mœui's et les idées du temps , il fallait que la vertu , la morale, eussent quelque chose de passionné et d’extraordinaire ; la piété paisible et simple ne pouvait plus servir d’exemple; la dévotion ardente qui entraînait les guerriers en Asie, inspirait h beaucoup d’hommes pieux des austérités inouïes, et les conduisait dans des retraites inaccessibles. Le nombre des ermitages et des monastères , comme nous l’avons dit dans notre Histoire, s’accrut considérablement pendant les expéditions de la croix. Ainsi la société se dépeuplait de deux côtés à la fois , et par la même cause, car tous obéissaient à cette ardeur inquiète, à cet esprit d’exaltation religieuse, qui avaient ébranlé l’Occident ; les uns allaient fonder des colonies dans des contrées lointaines , les autres dans des lieux incultes et sauvages ; les uns poursuivaient leurs conquêtes sur les terres des infidèles , les autres s’avançaient victorieusement dans le désert ; tandis que les croisés combattaient les musulmans et soutfraient la faim , la soif et toutes sortes de calamités pour la cause de l’Évangile, les cénobites luttaient avec la stérilité du sol et l’intempérie des saisons , se condamnaient à des misères qu’ils avaient choisies et qu’ils offraient à Dieu : ces derniers , dans leur langage mystique, se disaient aussi les champions et les soldats de Jésus-Christ , et leur milice sainte se vantait d’être toujours armée contre l’ennemi du genre humain.

Ue même qu’un grand nombre de moines avaient quitté leurs cloîtres pour aller à la croisade, ainsi de pieux guerriers, en revenant de la conquête des lieux saints , allèrent s’enfermer dans les cloîtres. Beaucoup de comtes et de chevaliers qui avaient vendu leurs domaines et qui ne retrouvaient pas un asile dans leur propre pays, n'avaient rien de mieux à faire que de partager la retraite des cénobites ‘. Les longues misères de la croisade, la vue du tombeau de Jésus-Christ délivré par leurs armes , leur avaient appris à connaître la vanité des grandeurs humaines. Alors les camps des pèlerins et les solitudes de

' Arpin, comte de Ik>arge«, Cuillaumc de MontpeUicr dans la première croisade, etc., etc. Les self Deurs qoi aTtient rennocè au monde poor aller se retirer dans le cloître . étaient représentés nos sur les ïaMeanx , les bas-reliefs, les vitraoi , etc. (Voyez la p. 17 des notes de VHist0riü! du /êfigUur, par NM. Émile Morice Cl Unglès.)

Page 1