‹ Histoire des croisadesChapitre 106 sur 213 · LIVRE VINGT-ÜNIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-ÜNIEME

la piété offraient quelquefois le spectacle édifiant des mêmes vertus, et , pour prouver que le même esprit anima souvent les soldats de la croix et les saints habitants du désert, il suflirait de rappeler les ordres religieux et militaires que firent naître les croisades , et dans lesquels , à côté des trophées de la victoire, on admirait les modèles de la charité évangélique et de l’humilité chrétienne.

Tandis qu’on allait combattre en Orient pour les vérités de la foi , il n’est pas indifférent de savoir à quelles erreurs , à quelles superstitions étaient livrés plusieurs peuples de l’Occident. Sur les rives de l'Elbe et du Prégel on ne connaissait pas le nom de Jésus-Christ, et les Prussiens, dispersés dans les forêts, à l’ombre des chênes qui leur servaient de temples , adoraient toutes sortes de divinités inconnues. Les traditions de la religion d’Odin subsistaient encore chez les enfants des Scandinaves. Quelques peuplades du Nord élevaient des autels aux serpents; des reptiles, objets de la vénération publique, étaient comme les protecteurs des familles et les gardiens des demeures de l'homme '. Les habitants de la Lithuanie avaient choisi pour l'objet de leur culte le soleil et un grand marteau dé fer à l'aide duquel , selon la croyance du peuple, on avait autrefois délivré l’astre du jour, enfermé dans une tour obscure Nous ne nous étendrons pas davantage sur ces superstitions auxquelles on opposa d’abord les armes de l’éloquence évangélique , puis la guerre et tous ses fléaux. Nous ne parlerons pas non plus des hérésies qui s’élevèrent alors sur l’Europe chrétienne et qu’on voulut combattre aussi par l'épée. Dans les premières croisades, on ne s’occupa que des musulmans; plus tard, on déclara la guerre aux hérétiques et aux païens de l’Occident. Tandis qu’une croisade partait pour l’Asie, d’autres se poursuivaient en même temps tantôt contre les musulmans d’Espagne, tantôt contre les idolâtres du Nord , tantôt contre les Albigeois. Il y avait alors en Europe une population guerrière pour toutes ces entreprises ; l’Église avait des prières pour ceux qui combattaient en Syrie, au delà des Pyrénées, dans le Languedoc et sur les bords de la Baltique.

Tel fut l’état de l’Europe pendant les guerres saintes , et c’est au milieu de tant de passions diverses , du sein de tant d’agitation et de désordre, que naquit la civilisation moderne, dont nous allons suivre le développement et les progrès dans le livre suivant.

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