‹ Histoire des croisadesChapitre 108 sur 213 · LIVRE VINGT-DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIEME

peine au pieux monarque ses exploits et ses malheurs en Égypte et devant Tunis.

Cependant une philosophie éclairée par l’esprit de recherche et d'analyse remonta aux causes des événements, étudia leurs effets, et, par cela même qu’elle recherchait la vérité, elle fut moins portée à la déclamation et à la satire. Le judicieux Robertson, dans sou introduction à l’histoire de Charles-Quint , pensa que les croisades avaient pu favoriser les progrès de la liberté et le développement de l’esprit humain. Soit que cette manière de voir flattAt quelques opinions du temps, soit qu’elle exerçAt sur le public l’ascendant naturel de la vérité, elle trouva un assez grand nombre de partisans ; dès lors on commença à juger avec moins de sévérité les expéditions des croisés en Orient.

Il y a plusieurs années que l'Institut de France ouvrit un concours dans lequel il invita tous les érudits à liiire connaître les avantages que la société avait retirés des croisades; si on en jugeait par les mémoires qui obtinrent le prix dans cette lutte savante', les guerres saintes auraient amené à leur suite plus de biens pour la postérité qu’elles ne produisirent de calamités pour les générations contemporaines.

Ainsi les opinions sur les croisades avaient changé plusieurs fois lorsque nous avons commencé notre histoire. Adoptant de tous ces jugements divers ce qu’ils ont de modéré et de raisonnable, nous croyons que les expéditions d’Orient n’ont fait ni tout le bien qu’on leur attribue, ni tout le mal dont on les accuse, et que néanmoins il n’est pas possible de nier leur influence sur les siècles qui les ont suivies. Les époques de l’histoire les plus remarquables par le développement des facultés humaines furent toujours précédées de grands événements qui avaient frappé les imaginations, occupé les intelligences, donné à tous les esprits une môme direction. On ne peut douter qu’une révolution conune celle des eroisades, qui avait remué tant de passions, à laquelle plusieurs générations avaient pris part, n’ait pénétré bien avant dans le cœur humain et n’y ait laissé des impressions, des souvenirs, des habitudes qui se retrouvent enfin dans la législation et dans les mœurs.

* Deux ni6i»oires obiiorcnt le prix : l'an éuU de M. Ueeren , l'aotre de M. de Cbolseal d'Aill*coort. Tous deux sont remarqaables par l'éruditioD et l’espril de criüque; ils noos ont tracé W ebemm que nous afoos soiri « el ooas almoiis b rccooiulUt toat ce qse dobs ieor devois.

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Parmi les résultats des guerres saintes, il en est qui paraissent incontestables, d'autres qu’on ne peut déterminer avec la même certitude. Plusieurs circonstances durent concourir avec les grandes expéditions en Orient aux progrès des lumières et de la civilisation.

Rien n’est plus compliqué que les ressorts qui font mouvoir les sociétés modernes, et celui qui voudrait expliquer la marche des choses j

par une cause unique, tomberait dans une erreur grossière. Les mêmes événements ne produisent pas toujours les mêmes effets, i

comme on le verra dans le tableau que nous allons retracer de l’Eki- I

rope au moyen fige. Les croisades contribuèrent en France à l’affaiblissement des grands vassaux, tandis que le pouvoir féodal ne reçut presque aucune atteinte en Allemagne et dans d’autres pays. Pendant cette épo(|ue, quelques États s’agrandirent, d’autres marchèrent à '

leur décadence. Chez plusieurs peuples, nous voyons la liberté jeter |

de profondes racines et présider aux institutions naissantes ; chez /

d’autres nations, nous voyons la puissance des princes s’élever tantôt I

s’affranchissant de toute entrave, tantôt limitée par de sages lois. Ici !

florissaicnt le commerce, les arts et les sciences; ailleurs l'industrie ne faisait aucun progrès, et l’esprit humain restait encore plongé dans les ténèbres. Qu’on nous permette de faire ici une comparaison qui reproduira toute notre pensée : les principes ou les germes de la civilisation au temps des croisades ont été comme ces semences que l’orage emporte avec lui, et qu’il jette, les unes dans des lieux incultes où elles restent ignorées et stériles, les autres sur une terre propice où l’action du soleil, une heureuse température et la fécondité du sol, favorisent leur développement et leur font porter des fruits.

La difficulté d’apprécier les croisades, au moins dans leurs effcls, vient de ce qu’elles n’ont ni entièrement réussi, ni entièrement échoué; rien n’est plus difficile à juger que ce qui est resté incomplet. Poiu* suppléer à ce qui nous manque, nous allons faire deux suppositions.

Supposons d’abord que ces expéditions lointaines aient eu le succès

qu’on pouvait attendre, et voyons dans ce cas ce qui en aurait ré- ,

»ulté. L’Égypte, la Syrie, la Grèce, devenaient des colonies xîhré-

lieiines; les peuples de l’Orient et de l’Occident marchaient ensemble

à la civilisation; la langue des Francs pénétrait jusqu’aux extrémités

de l’Asie; les côtes barbaresques, habitées par des pirates, auraient i

reçu les mœurs et les lois de l’Europe, et l’intérieur de l’Afrique ne

serait plus depuis longtemps une terre impénétrable aux relations du

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