‹ Histoire des croisadesChapitre 12 sur 213 · LIVRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME

Caffa en Crimée. De toutes les conquêtes des croisades, les chrétiens n’avaient conservé que le royaume de Chypre et l’ile de Rhodes.

Pendant plus d’un siècle , les rois de Chypre avaient imploré les secours de l’Occident et combattu avec quelques succès les musulmans et surtout les mameluks d’Égypte. Les villes maritimes de l’Italie protégeaient un royaume dont le commerce et la navigation tiraient de grands avantages. Chaque jour des guerriers venus d’Europe lui prêtaient l’appui de leurs armes. Peu d’années après la prise de Constantinople , nous voyons Jacques Cœur, qui avait obtenu la restitution de scs biens, s’établir dans l’ile de Chypre et consacrer sa fortune et sa vie à la défense des chrétiens d’Orient. Après sa mort, on voyait dans une église de Bourges qu’il avait fondée cette inscription : Le seigneur Jacques Cœur, capitaine général de l’Église contre les infidèles'.

Le royaume de Chypre, après avoir résisté longtemps aux musulmans , devint à la fin le théâtre et la proie des révolutions. Abandonné en quelque sorte par les puissances chrétiennes, obligées de se défendre elles-mêmes contre les Turcs , il s’était mis sous la protection des mameluks d’Égypte. Dans les temps de troubles, les mécontents SC retiraient au Caire, et se faisaient protéger par une puissance qui avait un grand intérêt à entretenir la discorde. La famille de Lusignan étant près de s’éteindre, une fille, seul rejeton de plusieurs rois, avait d'abord épousé un prince portugais, puis Louis, comte de Savoie, âlais le sultan du Caire et Mahomet II ne voulurent point souffrir qu’un prince latin portât la couronne de Chypre, et firent élire un fils naturel du dernier roi. Jacques, que sa naissance illégitime éloignait du trône et qui avait troublé le royaume par ses prétentions ambitieuses, fut couronné roi de Chypre dans la ville du Ca'u-e, sous les auspices et en présence des mameluks. Ce qui dut ajouter au scandale de ce couronnement , ce fut que le nouveau roi promit d’être fidèle au sultan d’Égypte et de payer cinq mille écus d’or pour l’entretien de toutes les mosquées de la Mecque et de Jérusalem. C’était

* Jaeqaes Cœor fut condamné k mort, et ses biens furent conflsqués : Charles VU so eontenla de bannir Jacques Cceur; mais ses biens ne furent rendus que longtemps après. Soixante commis de Jacques Cœur se cotisèrent, et lui firent une somme de 60,00û écus, avec laquelle il se relira en Chypre, où il rétablit son commerce. 11 y fonda un hôpital pour les pèlerins et un couvent de Carmes ob il fut enterré. Jacques Coeur avait bail plusieurs maisons k Marseille, k Montpellier et a Bourges, entre antres , dans cette dernière ville , rédillce où est aujourd'hui la municipalité. Ce fut l/oois XI qui rcbabiltta la mémoire de Jacques Coeur. Llnscripüon dont U est ici qaesiioo devait être aussi dans rbôpllal pour les pèlerins en Chypre.

HISTOinE DES CROISADES.

sui l'Évangile qu'il jurait de tenir cette promesse, et, pour ne tien omettre de tout ce qu’exigeaient les mameluks : a Si je manque à ma « parole, ajouta-t-il , je serai apostat et faussaire, je nierai l’existence « de Jésus-Christ et la virginité de sa mère, je tuerai un chameau sur « les fonts de baptême, et je maudirai le sacerdoce » Telles étaient les paroles que l’envie de régner mettait dans la bouche d’un prince qui allait gouverner un royaume fondé par des soldats de Jésus- Christ. Il mourut peu de temps après avoir pris possession de l’autorité suprême. Son peuple dut croire que les jours de son tègne et de sa vie avaient été abrégés par la justice divine.

Catherine Cornaro , veuve de Jacques , appartenante à une famille vénitienne, était l’héritière de la couronne de Chypre. Comme la république de Venise ne négligeait aucune occasion d’augmenter scs possessions eu Orient , elle fit venir en Italie la nouvelle reine *, et les sollicitations du sénat et du doge obtinrent d’elle la cession de tous ses droits à l’ile de Chypre. Ainsi Venise vit sous ses lois un royaume fondé par la famille de Lusignan, et le défendit pendant près d’un siècle contre les armes des Ottomans et des mameluks.

L’Üe de Rhodes , bien plus que le royaume de Chypre, fixait alors tous les regards du monde chrétien. Celte lie, défendue par les chevaliers de Saint-Jean , rappelait aux fidèles le souvenir de la terre sainte, et les entretenait toujours dans l’espoir de revoir un jour l'élendaitl de Jésus-Christ flotter sur les murs de Jérusalem. Une jeunesse guerrière accourait sans cesse de toutes les contrées de l’Occident , et faisait revivre en quelque sorte l’ardeur , le zèle et les exploits des premières croisades. L’ordre des hospitaliers , fidèle à son antique institution, protégeait toujours les pèlerins qui se rendaient en Palestine, et défendait les navires chrétiens contre les attaques des Turcs , des mameluks et des pirates. Dès le commencement de son règne, Mahomet II avait sommé le grand maître, Jean de Lastic, de lui payer un tribut , comme à son souverain; celui-ci se contenta de répondre : fious ne devons la souveraineté de Rhodes qu'à Dieu et à nos épées. Notre devoir est d’être les ennemis et non les tributaires des Ottomans^,

< Cobelli), ïiv. VII; Æo^is SylTius, Hitt. Atiœ^ ch. \CVIL

* Le detorqncnteni de CatbcriDe Comaro h Venise a été le sojet (Ton grand et beao taUcio de Cariciio. OU de Paal Verooèse. Le possesseur de ce tablean est on de nos amU, N. Fooroci, oa t*é(oone de ne pas voir a notre nias^ royal celte travre capitale de Carletto.

* Biti. de BaUe, par l'abbé de Venot, IW. Yl.

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