‹ Histoire des croisadesChapitre 111 sur 213 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DE LA FBAECE.

F. que chaque génération connaît le moins, c'est l’esprit et le caractère des événements auxquels elle a pris part. Ainsi riiisloire, pour apprécier les vieux Ages et ce qu’ils ont laissé après eux, peut rarement invoquer leurs jugements et s’aider de leurs lumières. Lorsqu’on veut faire connailre le bien et le mal qu’ont produits les croisades, on se trouve réduit à la nécessité de chercher dans la société ce qui est venu après ces grandes révolutions, et d’indiquer avec plus ou moins de probabilité ce qui peut être regardé comme leur ouvrage.

Afin déjuger ce qu’a pu gagner la monarchie française pendant les croisades, il nous suflira [icut-être de voir ce quelle était sous Philippe I avant le concile de Clermont, et ce qu’elle était deux siècles plus tard, quand Louis IX mourut sur la cendre à Tunis. Sous la seconde race de nos rois, toutes les parties du grand royaume de France tendaient à se désunir, par une suite des partages entre les enfants des inonarcfucs. Ce mouvement de séparation, cette tendance A se diviser, s’accrurent encore par les progrès et l’extrême désordre de la féodalité. Une impulsion toute contraire fut donnée sous la troisième dynastie, et l’excès du mal fit revenir au principe de l’unité. Sous les deux premiers règnes des Capets , le monarque se trouvait obligé de lutter sans cesse avec les seigneurs voisins de sa capitale, et souvent le château d’un vassal infidèle arrêtait toutes les forces de la monarchie. Dans cet état de désordre et de faiblesse , le nom de France néanmoins était resté, et ce nom, déjà glorieux , devait suffire pour ramener les Français du midi et du nord aux sentiments d’une commune patrie. Cet esprit de nationalité, dont la royauté tirait toute sa force, fut naturellement favorisé par les croisades.

On sait que le pape Urbain s’était principalement adressé aux Français '. La nation française , en donnant le signal des croisades, se mit en quelque sorte à la tête des plus grands événements du

■ Vojti le Ut. I de nom Hutolrc (I. I, p. SS U).

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