IV. U
ment le cas d’une rupture, on y remarque des protestations si affectées d’un attachement réciproque, que dès lors il était permis de croire que les rois de France et d’Angleterre se défiaient l’un de l’autre, et qu’ils ne se réuniraient point sous les drapeaux de la croix.
Loi'sque le patriarche de Jérusalem vint en Angleterre et conjura Henri de partir pour l’Asie, le roi prêcha lui-même la croisade ; mais ses barons l’empêchèrent de quitter son royaume, troublé au dedans, menacé au dehors. Le patriarche appela sur la tête du roi la colère céleste ; et, pour détourner les malédictions du ciel, Henri II envoya quelques chevaliers et une grande somme d’argent à la teire sainte. Eu «'connaissance des offrandes généreuses du monarque anglais, on fil placer ses armoiries sur les étendards de Jérusalem, et, dans la niallicurcqse bataille de Tibériade, il arriva que les armes de la monarchie britannique tombèrent avec la vraie croix au pouvoir de Saladin '.
Dès qu’on apprit en Europe la perte de la ville sainte, la croisade fut prêcbée en Angleterre comme dans les autres pays chrétiens. On ^ it beaucoup de prodiges dans le ciel ; le peuple s’enflamma d’un saint enthousiasme pour la cause de la croix. Ce fut au milieu de cette agitation des esjtrits que Richard succéda à son père Henri II, (}ui avait juré en moiu-ant de marcher à la délivrance de Jérusalem. Richard, passionné pour la guerre, saisit cette occasion avec ardeur, ne voyant dans son avènement au trône qu’un moyen de lever de l’argent et des soldats et de se faire une grande renommée militaire en Asie. Il leva des impôts sur les Anglais avec plus de rigueur peutêtre (ju’il ne l’eût fait sur lea musulmans vaincus. Ses combats contre Saladin lui obtinrent une place distinguée parmi les grands capitaines du moyen êge ; mais conune roi, que devait-on attendre d’un prince qui, avant de partir, avait vendu les prérogatives de sa couronne et regielté de ne pas trouver un aclieteur pour sa capitale? Il versa des larmes sur Jérusalem, qu’il ne pouvait délivrer; et son peuple, abandonné aux factions, n’obtint de lui qu’un souvenir tardif et stérile. Sa captivité mit le comble à tous les maux causés par son séjotu- en Orient. Pour connaître la situation déplorable des sujets de Richard, il suffirait de hrc les lettres adressées par Ëléonore de Guiemie au pape Célestin. Deux fils lui restaient pour consoler sa vieillesse : l’ua
* Vu)ei le Uv. VU de notre Hisiolre (t. li,p. 87 et 49).