‹ Histoire des croisadesChapitre 117 sur 213 · LIVRE VINGT-DEDXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEDXIEME

gémissait dans les prisons de la Gcnnanie, l’antre ravageait le royanme par le fer et le feu. L’imagination troublée de cette princesse ne voyait que des sujets d’affliction, que des discordes sanglantes, de grands malheurs annonçant d’autres calamités. Dans son désespoir, elle prévoyait les révolutions futures de l’Angleterre, car l’excès du désespoir a souvent quelque chose de prophétique ; et, s’adressant au pontife de Rome : « Le temps de la dissension approche, s’écriait-elle, les U jours de trouble et de périls ne sont pas loin, ces jours où la tunique O du Christ doit se déchirer, où le monde chrétien verra se briser le O filet de Pierre, et l’nnité catholique se dissoudre ' . » Cette prédiction singulière ne s’accomplit que longtemps après les croisades d’outremer, mais nous devons penser que les paroles d’Éléonore exprimaient alors non-seulement les chagrins d’une mère , mais encore la disposition des esprits, le mécontentement elles misères du peuple anglais.

Lorsque Jean sans Terre fut couronné roi , on levait en Angleterre un tribut sur le clergé et sur le peuple pour une croisade ; le frère de Richard ne prit point la croix. Bientôt un grand crime lui fit perdre la Normandie, et son gouvernement lui aliéna l’afliection des peuples. Ayant irrité contre lui le clergé anglais, le nouveau roi attù« sur sa tète les anathèmes de l’Église ; le pape innocent IR offrit son royaume à Philippe-Auguste, et promit les privilèges des pèlerins de Jérusalem à tous ceux qui prendraient les armes contre lui. Pour échapper au péril, Jean prit le parti de se déclarer le vassal du saint-siège, et donna l’Angleterre à Dieu, aux apôtres saint Pierre et saint Paul, à Innocent III et ses successeurs *. Cette cession d’un royaume désolé n’apporta à la cour de Rome qu’une responsabilité dangereuse, et sema parmi le peuple anglais de nouveaux éléments de trouble et de discorde. Jean se trouva bientôt aux prises avec scs barons * ; le clergé lui-méme et les communes se réunirent à la noblesse. En vain le roi fit le vœu d’aller à Jéms^m et réclama les privilèges des roisés ; en vain l’Église romaine lança ses foudres contre les barons • t même contre Louis VIII, que les Anglais appelaient à la couronne. I.e désordre allait toujours croissant, et, comme il était donné A

' On iroQTcn one indoction des lettres d’Éléooore aa pape CélestUi. dans notre extrait des ■Aclet de Bÿtner {Biùlioikiqiu des Croisades).

* SpicUége de d'Acbery, p. S7d, U UL

* Voyez dans notre extrait des Ac4es de Bj/mér one lettre de Jeao sans Terre adressée à ce sq}cs au soQTcrain poolife {Bibliothique des Croisades),

su IMSTOIIIE DES CROISADES.

la liberté anglaise de faire surtout des progrès sous les mauvais princes, toute la nation sentit le besoin de s’affranchir de l’autorité de Jean, et la Giande Charte sortit enfin de l’état de trouble et de ruine où deux règnes malheureux avaient plongé l’Angleterre

Plus tard, sous le règne de Henri III, on parla souvent d’entreprendre une croisade ; plus d’une fois les barons anglais voulurent partir pour l’Orient malgré la volonté des monarques, et la seule pensée de contrarier un roi qu’ils n’aimaient point ajoutait à leur pieuse impatience. Henri ne négligea pas de mettre à profit les opinions de son siècle, et s’engagea plusieurs fois à partir pour la croisade, dans le seul but d’obtenir des subsides. Mathieu Péris rapporte que le souverain pontife avait autorisé le monarque anglais à lever pendant trois ans une décime sur le clergé et le peuple. « Si cet a impôt, ajoute l’auteur, avait pu être levé, il aurait produit à la « couronne plus de six cent mille livres sterling, ce qui aurait miné a le royaume » La légèreté que le monarque anglais mettait à ses serments , fit mépriser la royauté , et les mépris de la nation ne lui permirent pas de lever un tribut onéreux.

Comme les formes de la croisade s'introduisaient partout, on les employa jusque dans la guerre qu’on fit alors au roi. Dans la ligue des barons contre Henri 111, les adversaires de la couronne portaient une croix comme dans les guerres d’outre-mer, et les prêtres promettaient les palmes du martyre à ceux qui mouraient pour la cause de la liberté. Une chose curieuse, c’est que le chef de la ligue formée pour l'indépendance de la nation anglaise était un gentilhomme français, le fils de ce comte de Montfort si renommé dans la croisade des Albigeois.

On peut voir par ce rapide tableau que le.s croisades n’exercèrent point en Angleterre une influence favorable à la royauté. Nous ne croyons pas néanmoins qu’elles aient donné quelque force ni aux communes, qui existaient à peine, ni à cette aristocratie d’où devaient sortir les destinées du peuple anglais. L’aristocratie, telle que l’avait constituée Guillaume le Conquérant, et qui sc trouvait disséminée en soixante mille fiefs, fut obligée de se réunir au clergé et nu peuple pour faire entendre et prévaloir scs plaintes et ses griefs. Si

< La Grande Charte te troare ran>or(ée en Tieax français, p. 539 et mît. d« SpkiU’ge de fAcbery. t. lU.

> MâibkB rsrii ( Bitliefktqui dit Creiiadti)»

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