LIVRE VINGT-DEUXIÈME
les révolutions d’Angleterre produisirent à la fin des effets salutaires, c’est que toutes les classes de la société y concoururent ensemble et (ju’on y agissait dans l’intérêt de tous. Ou ne saurait point dire à >
quelle époque naquit la Constitution de la Grande-Bretagne, quelles circonstances favorisèrent ses progrès, et sous quel règne elle reçut son plus grand développement. L’accord des partis, des mœurs et des habitudes, l'assentiment des générations, les traditions et les souvenirs, élevèrent successivement l’édilice de la liberté anglaise ; et cette liberté devait être plus durable qu’en beaucoup d’autres pays, car il est difficile de détruire ce que tout le monde a fait, et le temps respecte presque toujours dans les institutions humaines ce qui est son ouvTage.
Les croisades, nous devons le répéter, contribuèrent peu à cet état de choses. Nous ajouterons que la puissance britannique, qui devait un jour embrasser le monde dans ses relations politiques et commerciales, ne profita pas même des guerres saintes pour étendre son commerce et son industrie. Elle n’eut jamais un comptoir ni une colonie dans les États chrétiens d’Orient ; sa navigation ne fit alors aucun progrès que l’histoire puisse mentionner. On ne peut disconvenir que la gloire des armes ne fut aussi dans les croisades le partage de la nation anglaise; mais, lorsque cette nation devint riche et puissante et qu’elle apprécia mieux les véritables sources de sa prospérité, elle ne tarda pas à répudier une gloire à cêté de laquelle elle ne trouvait ni avantage réel , ni intérêt positif. C’est pour cela sans doute qu’on rencontre à peine une trace des guerres saintes dans les historiens modernes de la Grande-Bretagne '.
Nous devons dire en terminant ce chapitre que les guerres que l’Angleterre eut à soutenir sur le continent ne lui furent pas plus profitables que la part qu’elle prit aux expéditions contre les infidèles.
Ce fut un grand malheur pour les successeurs de Guillaume le Conquérant d’avoir conservé en deçà de la Manche des provinces qu’il fallait sans cesse défendre et qui attirèrent trop souvent leur attention hors de leur pays. On a vu dans notre histoire que cet état de choses et les longues discordes qui en furent la suite nuisirent quelquefois au succès des guerres d’Orient et finirent par les arrêter tout à fait. On
' Nom rfgreitoDi qoe M. Hallam, «laBS son important ouvrage intiiolé, FEvope en 4ye, se soit laissé entraîner par Texemple des hitloriens de son pays. On ne saurait pardonner ï cet csuiuablc écrivain de n’avoir point parlé des croisades, pnlsqu*!! taisait l'bistolre du moyen Ige.
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sait ffu’Édouard, qm a\-ait souvent pris la croix du saint pèlerinage, menaça tout à coup la France, et que ses menaces suspendirent les préparatife d’une croisade entreprise par Philippe de Valois *. C’est alors qu’éclata une guerre entre deux peuples rivaux, qui dura plus longtemps, qui enfanta {^us de calamités que les guerres saintes. Au milieu des désastres et des périls qu’entraînait l’invasion d’une terre étrangère, les monarques anglais se mirent à la discrétion des barons et des communes pour avoir de l’aident et des soldats, et l’Angleterre oublia qu’elle avait dans son sein les véritables éléments de la puissance et de la prospérité.