LIVRE VINGT-DEDXIÈME
dir et de se conserver, tandis que le chef de l’Empire ne pouvait ajouter un fief à ses domaines, et que sa famille, ne pouvant s’appuyer sur le droit d’hérédité , n’avait point d’avenir. Tous les efforts des empereurs n’avaient pu empêcher que la couronne ne restât élective; ainsi la succession des souverains de l’Allemagne dépendait du choix de la noblesse et des princes , qui eux-mémes s’étaient afh^cbis de toute dépendance envers les souverains. Parmi les princes qui montèrent sur le trdne impérial, plusieurs exercèrent une grande influence par leur habileté ou leur bravoure ; mais cette influence, toute personnelle, ne donnait aucune force à la couronne et mourait avec eux. Des entreprises aventureuses et des guerres portées au delà des Alpes , contribuèrent aussi à raffaibiissement de leur puissance : l’histoire contemporaine se plaignait déjà de la politique imprévoyante de l’Allemagne, qui, du sein de ses nuages, lançait une pluie de fer sur r Italie '. Les rives du Tibre et du Pô furent pour les monarques teutons ce que la Germanie avait été autrefois pour Auguste et ses successeurs ; ils y perdirent leurs légions , et ne piu-ent jamais s’y maintenir. Dans ces expéditions imprudentes, ils rencontrèrent sur leur chemin les papes , qui leur déclarèrent une guerre d’extermination. Deux familles d’empereurs succombèrent sous les foudres de Rome ; et, tandis qu’ils s’épuisaient en vains efforts pour régner sur la Lombardie ou sur le royaume de Naples, ils achevèrent de perdre ce qui leur restait de puissance en Allemagne.
Au mifieu de toutes ces révolutions, il n’est pas facile de distinguer quelle put être l’influence des croisades sur les destinées de la nation allemande. On sait que l’Allemagne proprement dite ne prit aucune part à la première expédition , et que les peuples de cette conjrée , préoccupés des longs débats élevés entre le sacerdoce et l’Elmpire , eurent besoin , pour accourir sous les drapeaux de la guerre sainte , de voir se multiplier les prodiges du ciel* et surtout d’apprendre la délivrance de Jérusalem. >
Lorsqu’on prêcha la seconde croisade, Conrad II tenait en main les lènes de l’Elmpire. L’éloquence de saint Bernard , ou plutôt le bruit de ses miracles échauffa le zèle des Allemands et de leur chef. Los démêlés qui survinrent dans cette expédition entre les maîtres de Byzance et l'empereur teuton, renouvelèrent ou accrurent l’antipa-
‘ Cornélias Zanfliel, Coll, de Marlenne {BiUMUqm de» Cnitadti).
^ L'abW Etkird, Coll, de Xanense {BiHallièftt du Crthada^