‹ Histoire des croisadesChapitre 122 sur 213 · LIVRE VINGT-DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIEME

pereur, qu’il poursuivait de ses malédictions; plus tard on n'imita point cette modération envers Frédéric II, et l’étendard d’une guerre sacrée fut levé contre lui, lorsqu’il était lui-même revêtu de la croix. l.e saint sépulcre délivré ne put servir d’asile au chef de la sixième :roisadc, et la conquête de Jérusalem ne le défendit point des formijablcs anathèmes du saint-siège. Frédéric, de son côté, opposa la guerre à la guerre, la violence à la violence. Comme les deux partis montrèrent une obstination égale et que leurs forces se balançaient , la lutte fut longue et terrible ; quand la famille de Sonabe succomba, elle faillit entraîner toute l’Allemagne dans sa chute. Cependant l’empire germanique, ébranlé de toutes parts, ne périt point, et ce corps immense, dont les éléments étaient si compliqués, résista p.ar sa propre masse. Au défaut d’un pouvoir protecteur, il se forma des associations qui en tinrent lieu ; les diètes, ou assemblées nationales, dans les(|uelles les villes, les princes, avaient leurs députés, et qui se montrèrent toujours animées d’un esprit de concorde et de modération , conservèrent les traditions législatives, et servirent de lien pour réunir les débris dispersés de la force et de la puissance ; le sentiment du péril inspira des idées d’ordre public, et du sein du chaos sortit cette confédération allemande qui , avec quelques modifications, subsista jusqu’à la fin du siècle dernier.

Cette confédération profita des guerres saintes , et vit alors augmenter sa population et son territoire. Les expéditions contre les iuûdèles d'Orient avaient fait naître l’idée de combattre les païens et les idolâtres dont les peuplades habitaient les rives de la Vistulc, du Prégel et du Niémen. Ces peuplades, soumises par les croisés, entrèrent dans la république chrétienne, et firent partie de l’association germanique. A l’aspect de la croix , des villes sortirent du sein des déserts et des forêts , telles que Dantzick , Thorn , Elbing , Kœnigsberg, etc.; la Finlande, la Lithuanie, la Poméranie, la Silésie, devinrent, sous l’étendard dn Christ, des provinces florissantes; on vit naître de nouveaux peuples, se former de nouveaux États, et, pour achever ces prodiges, les armes des croisés mar(|uèrcnt la place otT devait s’élever une monarchie que le moyen âge n’a point connue et que l'àge présent a vue tout à coup monter nu rang des grandes puissances de l'Europe. A la fin du treizième siècle, les provinces dont la monarchie prussienne tire son nom et son origine étaient encore séparées de la clirétienté par l’idolàtric et par des mccurs

sauvages; la conquête et la civilisation de ces provinces furent l'ounage des guerres religieuses.

Nous ne finirons point ce chapitre sans parier des croisades contre les Turcs. Les assemblées de la nation proclamèrent souvent les dangers de la religion et de la patrie '. Leurs délibérations , il est vrai, furent quelquefois comparées à celles des Athéniens, où l'on prenait de belles décisions qu’on n’exécutait point; il faut remar- (|uer néanmoins qu’à cette époque la constitution germanique reçut ses derniers développements, et que les maximes do droit des gens, consacrées par les lois, devinrent la (dus sûre garantie de la paix publique. Si plus tard l’AIlemcgne (lerdit son unité religieuse (wr la réforme de Luther, elle retrouva quelque ehose de son unité jpoli* tique dans une législation généralement adoptée. A mesure que les Turcs s’avançaient vers le Danube, la puissance impériale se releva tout à coup, comme pour répondre à la grandeur du (>éril , et la fortune de la Germanie voulut que le génie et la puissance de CharlesHîuint fussent opposés à l’ambition et aux [wogrès r:q)ides de SoUman.

An miliea de ces guerres où l’indépendance de tous les peuples chrétiens était menacée , nous ne pouvons oiddier le royaume de Hongrie, qui mérita d’être appelé le Bouclier et les Thermopyles de ta chrétienté^. La nation hongroise, qui, au cbxième siècle, avait été la terreur de PAllemagnc et de l’Italie, combattit (>endant deux cents ans les Turcs, devenus maîtres de Constantinople; elle leur livra plus de combats que l’ancienne Grèce n’en avait livré aux barbares et aux soldats du grand roi ; mais elle manqua de (X)ëtes et d’historiens, et les prodiges de sa constance et de sa bravoure ont été à peine connus de la postérité.

‘ Voyei les diseoors relailb aox croisades. Coll, des cfaroDlqaes aUemandes {DÜUotkifê Ut Crtitadet),

* /^Aèas SjItIos, Discoon reltlils aux croisades 4e* Cniaeâe9\.

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