DE L'ITALIE
X se rappelle que le pape Urbain U, avant de prêcher la croisade au concile do Clermont , l’avait déjà préchée au concile de Plaisance*. Dans ce dernier, personne n'avait pris les armes; à Clermont, tout le monde accourdt sous les drapeaux de la croix. Des résultats aussi différents semblaient prouver que les deux peuples dont le pontife invoqua tour à tour le pieux enthousiasme n’avaient ni la mémo ardeur belliqueuse, ni le même caractère. Pour faire mieux apprécier cette différence de mœurs et de sentiments entre des nations voisines, il noos suffira de jeter un coup d’œil rapide sur l’état de l'Italie au moyen ftge.
Les Huns, les Francs, les Vandales, les Gotbs, les Germains et les Lombards, portèrent tour b tour dans cette belle contrée le fléau de leur domination, et, lorsqu’elle sortit des mains de tous ces peuples barbares, la nation italienne ne trouva rien ni dans ses mœurs , ni dans ses institutions, qui pût l’aider à recouvrer son indépendance. Plusieurs États s’élevèrent, les uns par la conquête, les autres par la fortune, sans qu’ils pussent jamais être réunis par un lien commun Au dixième siècle , la royauté apparaît im moment ; mais les peuples, déjà préoccupés de leurs divisions intérieures, ne la regardèrent ni comme un point de ralliement, ni comme un moyen de salut. Plus tard, nnfluence des papes défendit queiquefois l’Italie contre l’invasion et le joug des emperems allemands; toutefois, la lutte fut si longue et la guerre entre ces deux puissances, qui arma les Guelfes et les Gibelins, eut tant d’alternatives, que l’influence papale ne fit que perpétuer le trouble et le désordre. Rien ne prouvi
' Vajex le Ut. I de noire Hislolre (t. I, *S ).
’ On (est coosiilla sor rUelle u wojea Ife les Aniuia f Italie, par Hnralorf; les DitterlaliMu tar lea aatlitiUa i’ItaUe, par le aitnie anleai ; fitrdpd eSre*otn(>{ne de IMcire fiairala tnialie, par Salnl-Slarc, etc.
mieux l’état de dissolution dans lequel se trouvait l’Italie, que la manière dont elle essaya de constituer son existence politique dans le douzième et le treizième siècle. Cette division en plusieurs États , ce morcellement du territoire, cette population nombreuse partagée en mille fractions, n’annonçaient que trop l’absence de tout centre commun et de tout esprit de nationalité *. Le môme pays comptait plusieurs peuples; trente cités avaient chacune leurs lois, leurs intérêts, leurs annales. Ces violentes animosités entre les républiques, ces guerres perpétuelles entre les citoyens, l’exaltation des partis partout substituée au patriotisme, cette haine pour tous les voisins, cette défiance pour tout ce qui était proche, cette jalousie qui n’épargnait que les étrangers et les gens venus de loin , achevèrent d'étouffer dans les esprits la tendance à se former en corps de nation, et firent enfin oublier jusqu’au nom de l’Italie.
Le système féodal fut aboli en Italie plus tôt qu’ailleurs; mais avec le système féodal on vit disparaître l’antique honneur des preux et les vertus de la chevalerie. Dans ces républiques, défendues le plus souvent par des mercenaires, on cessa d’estimer la bravoure et ce qu’elle porte avec elle de sentiments généreux. Des familles entières envoyées en exil, la moitié des populations massacrée ou bannie des foyers domestiques, des villes détruites de fond en comble, tels sont les fréquents spectacles que nous offrent les guerres civiles d’Italie. Au temps des croisades , les papes entreprirent plus d’une fois de rétablir la concorde ; mais leurs efforts furent presque toujours inutiles, et jamais la trêve de Dieu, décrétée par les conciles, proclamée dans chaque guerre sainte, ne put porter scs bienfaits au delà des Alpes.
On ne peut nier que le génie de la liberté n’ait quelquefois enfanté des prodiges , et que plusieurs des républiques italiennes n’aient eu des époques glorieuses. Mais les passions ardentes de l’aristocratie h&tèient leur comiption, et les progrès de cette corruption furent si rapides, qu’au commencement du quatorzième siècle le Dante n’eut qu’à regarder autour de lui pour trouver un modèle de son enfer*.
Au milieu de tant de désordres , il n’est pas facile de suivre et
< .M. de SisniAmll noos s fuit cooniltre, just^ae dans les moindres détails, toutes les républiques lijHennes; et. quoique son ouvage ne soit point l'abri de l'csprii de prévention et de système, on UC i«ut se dispenser de le lire pour avoir une Juste idée de l'état de riialie au moyen Ige.
- Dauie Allgbien oaquit k Florcoee au mois de mai 1265, et mourut k navenne, le 15 septembre tsai.