‹ Histoire des croisadesChapitre 124 sur 213 · LIVRE VINGT-DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIEME

d'étudier l’influence qu’eurent les croisades sur le sort de l’Italie. Dès le commencement du douzième siècle , les villes de la Toscane et de la Lombardie étaient florissantes; plusieurs avaient envoyé une partie de leur population sous les drapeaux de la croix , et la riche cité de Milan se vantait d’avoir une armée assez nombreuse pour abattre l’orgueil des musulmans.

Les villes maritimes de l’Italie, Pise, Gênes, Venise, étaient parvenues au plus haut degré de prospérité ; elles durent cette prospérité aux relations commerciales que l'ilalie entretenait avec l’Orient avant les guerres saintes, relations qui ne firent que s’étendre et se multiplier pendant les expéditions d’outre-mer. C’était un singulier spectacle que celui de ces républiques qui ne possédaient qu’un coin de terre au bord de la Méditerranée, et qui avaient sans cesse les yeux sur la Syrie , sur l’Égypte et sur la Grèce. On ne peut surtout s’empêcher d’admirer cette république de Venise dont la puissance avait partout devancé les armes des croisés et que les peuples du moyen âge regardaient comme la reine de l’Orient. L’histoire a fait connaître les services que ces villes rendirent aux guerres saintes, soit eu approvisionnant les armées chrétiennes, soit en s'associant à la conquête des villes maritimes de la Palestine, soit enfin en combiattant les flottes des infidèles. Elles établissaient partout des colonies, elles possédaient une partie de toutes les villes conquises par les croisés'. Jacques de Vitri se plaît à louer le zèle, l’activité, la prudence, le patriotisme des Italiens qui habitaient la terre sainte^.

Il faut remarquer néanmoins que l’Italie n’enlra fwint dans l’esprit des croisades comme les autres peuples de l’Occident, et cpie la population de ce pays fut rarement entraînée par cet enthousiasme désintéressé qui présidait alors à tout ce qu’il y avait de noble et de grand dans les sociétés chrétiennes. Toujours préoccupés des profits de leur commerce et de leur industrie, les peuples maritimes d'e l'Italie , en se mêlant aux guen’es saintes , obéissaient bien plus à l’esprit de cupidité qu’aux opinions dominantes. L’établissement d’un comptoir, l’acquisition d’un avantage commercial, les intéressaient bien autrement qu’une victoire remportée sur les infidèles. Ils fournissaient, il est vrai, des vivres, des armes, aux croisés; mais on sait ri'.i’ils furent souvent accusés d’en fournir aux musulmans.

> Caffaro, SanQto, Dizaro dft CraLsadet).

* Jacqaes de Vitri des

Après la destruction des colonies chrétiennes, un historien de Florence se contente de remarquer que le commerce d'Italie avait perdu la moitié de ses avantages'. En un mot, les Italiens s’occupèrent peu de faire triompher la cause de la croix , lorsqu’ils ne pouvaient profiter de la victoire pour eux-mémes, et nous ne craignons pas d’étre accusé d’injustice, en disant qu’ils ne prirent des croisades que ce qui devait les enrichir et les corrompre.

La population italienne avait peut-être alors plus de lumières que le reste de l’Europe ; elle marchait à une sorte de civilisation. Mais ce qui ne tarda pas à la faire rétrograder, c'est qu’elle s’avançait toute seule et que dans sa marche elle se sépara des sociétés contemporaines. On a comparé les républiques d’Italie, dans le moyen Age, à celles de l’ancienne Grèce; et cette comparaison suffirait pour prouver que leur existence était h-agile et périssable. Un État ne se conserve et ne prospère longtemps que lorsqu’il est fondé sur les mœurs, les croyances et le caractère des générations auxquelles il appartient : les serviles imitations d’un autre siècle, et les vains souvenirs d’un temps qui n’est plus et qui ne doit plus revenir, ne peuvent rien fonder de durable parmi les hommes. Rome elle-même, en rêvant au milieu de ses vénérables ruines qu’elle devait être encore la ville des consuls ou des Césars, oublia qu’elle était la capitale du monde chrétien, la ville des pontifes, et cette préoccupation, qui l’égara dans tout le moyen Age, nuisit à sa véritable destinée. Chose remarquable! cette cité, si Hère des trophées du Capitole et du vieil éclat des aigles romaines, ne s’associa point à la gloire des guerres saintes, et nous ne voyons qu’une seule fois des soldats romains dans les armées parties pour l’Orient

On remarque que pendant les croisades le désordre et la cotmption de lilalie étaient restés les mêmes, tandis qu’il s’était fait quelque changement ou quelque amélioration dans les autres pays. La société, toujours près de se dissoudre, semblait n’avoir d’autre mobile que la fureur des partis, d’autre vie que la discorde et la guerre civile ; on n’y avait de garantie contre la licence que la tyrannie, contre la ty-

1 VHhfll {BMàlhè^des CrùitÊdàt).

* Ce fat aa siège de Damieue, oâ cotnmandaii Jean de Brieone, qoe les Romains parorent pom la première (ois som les drapeaux de Jèsas-Chrtst ; e'est h lenr retraite fmprodente qo’on ttulbna ia |tene de la bataille, où lia s'étaient montrés (Cbroniqae deTonrs, Bibliotkifu des Cn^ies). Vôtres ce qne dit cette même chronique m les Romains, dans le récit qn'elle a fait de ta Kddition de Uamiette en 1331 ; ce récit est tradnit ù la fin ds tome 11 de notre Uisiolre (p. 497 ).

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