LIVRE VINGT-DEÜXIÈME
rannie que le désespoir des factions.Versle milieu du treizième siècle, toute ritalie se leva en armes contre le tyran Ecceliiio *, et cette guerre fut une véritable croisade; mais à cette croisade sainte succédèrent des discordes nouvelles, et ces inimitiés, ces vengeances, dont le récit est à peine vraisemblable dans nos tragédies. Comme l’étendue et la puissance de la plupart des petits États qui cou\Taient l’Italie, comme la force des partis qui se disputaient les cités, étaient rarement proportionnées à leur ambition, ils cherchèrent leur élévation ou leur salut dans tous les moyens que pouvaient leur suggérer la trahison ou la perfidie. Les complots, les coups d’État, les attentats les plus odieux, tout leur semblait bon, tout leur paraissait convenable pour appuyer leurs querelles et pour satisfaire leur besoin d’agrandissement ou leurs passions jalouses. En un mot, toute morale disparut, et ce fut alors que se forma cette école de politique dont on retrouve les leçons ou plutôt la satire dans le livre de Machiavel.
Enfin la liberté se retira d’un peuple qui n’avait invoqué son nom qu’au milieu des désordres, de la licence et des crimes de la guerre civile. A la place de ces démocraties turbulentes qu’on ne retrouve plus à la fin du quatorzième siècle, s’élevèrent des princes et des ducs, qui substituèrent les intrigues d’une diplomatie obscure et timide aux passions populaires, et qui quelquefois mirent leur ambition à favoriser la renaissance des arts et des lettres, la véritable gloire de Tltalie.
Les contrées situées entre la Méditerranée et les Alpes ne furent point pour cela à l’abri de l’invasion de l’étranger : les peuples italiens continuèrent d’être le jouet ou la proie des guerriers accourus de toutes les parties de l’Occident; et ce qu’il y a de curieux, c’est qu’un pays dont la population n’était point belliqueuse vit se former dans son sein la première école de guerre qu’aient connue les temps modernes^. '
Le royaume de Naples et de Sicile, placé aux extrémités de l’Italie, était pour les croisés le chemin de la Grèce et de l’Orient : des richesses qui semblaient n’avoir point de gardiens, un territoire que ses habitants n’avaient jamais su défendre, durent souvent tenter la cupidité ou l’ambition des princes et même des chevaliers qui allaient
* Annales eceJes., ann. WU. Voyez ce qae nons atons dit h ce sojet la fin du Ht. XVI de :otrc Histoire (t lU, p. 236-37).
* Maratorl, Antlq. ital., disscrt. 26.
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chercher fortune en Asie. L'histoire de ce pays se môle pendant jilus de deux siècles à celle des expéditions d’outre-mer. L’Allemagne, lu France, l’Aragon, la Hongrie, lui donnèrent tour à tour des rois, cl chacun de ces rois apjiortait avec lui la guerre. On invoqua dans ces guerres l’autorité de l'Église; on montra souvent les images de la croix; on prêcha, en un mot, plus de croisades pour l’asservissement de ce malheureux royaume qu’on n’en avait prêché pour la délivrance de Jérusalem , et toutes ces croisades ne firent que jeter le désordre et la confusion parmi les peuples d’Italie et dans une grande partie de l’Europe.