CHAPITRE IX
DC LA CIIETALEBIE.
L ne faut pas confoiuli'c la chevalerie d'armes avec cette chevalerie à laquelle la possession d’une terre ou d'un lief imposait l’obligation de suivre un seigneur suzerain à la guerre : les chevaliers dont nous allons parler formaient un ordre distinct, ils avaient leur éducation particulière et des statuts qui leur étaient propres. On devait être noble, il est vrai, pour être admis dans l’ordre de la chevalerie ; maison n’y était reçu qu’à certaines conditions et pour des qualités personnelles. Les rois et les princes s’honoraient eux-mêmes d’être admis dans une association qui n’avait d'autres liens que des serments, et d’autre distinction que la valeur '.
U nous importe peu de connaître l'origine de cette institution ^ : il nous suffit de savoir qu'elle était adoptée dans tout l'Occident avant les croisades. La religion , qui dans le moyen ftge se mêlait à tout, prêta d’abord à la chevalerie ses cérémonies saintes; elle lui inspira quelque chose de ses maximes, et, quoiqu’on ne connût point encore de guerres religieuses, elle bénissait l'épée des chevaliers Les nobles guen-iers parcouraient le monde, cherchant les périls et les aventures glorieuses. Ils ne connaissaient pas d'autre souverain que celui auquel ils avaient engagé leur foi volontaire ; partout où la guerre éclatait , on les voyait accourir. C'est à cette chevalerie que s’adressait le pape Urbain en disant : a Vous qui portez en tous lieux la terreur de vos a armes, et qui servez l’ambition ou la haine d’autrui dans la guerre, a levez-vous, et, nouveaux Machabées, courez défendre la maison
< ConsoUez les sar ta CAevaUrù, àe SaiQte>Palsje, paru II, et le C/Mirre de
Üucange, v» Arma.
> L'asage de recevoir les armes avec soieoBiié éitit établi chez les anciens Germaias. ( Voyei Tacite, de Jfcriùiu Cerman., cb. Mil.)
* Les rapports iotimes qoi onissaicot la chevalerie il la religloo, faisaient regarder cet ordre eomtue aoe es|tèce de sacerdoce. On peol se faire anc jaste idée de Pesprit de la chevalerie en pai* coaraul l’Ordéae de la Chevaicritt runua en vers pablié dans les Fabliaux de Darlaua, 1. 1, p. Si;, i‘dUioo de 1808.
a dTsraül, (lui est la vigne du Seigneur des armées. » On sait comment la chevalerie chrétienne répondit à cet appel. Dès lors, les rapports de la chevalerie et de la religion furent plus immédiats et plus multipliés. Chaque chevalier semblait avoir pris rengagement de combattre les ennemis de Jésus-Christ; il portait sur ses vêtements des emblèmes de la foi chrétienne; pendant le service divin, il tenait son épée nue devant lui, comme pour faire hommage à Dieu de sa bravoure. Enfin la chevalerie était devenue une institution aussi religieuse que militaire.
Un des caractères les plus remarquables de cette institution, celui qui excite le plus aujourd’hui notre curiosité et notre surprise, c'est l'alliance des sentiments religieux et de la galanterie : la dévotion et l'amour, tel était le mobile des chevaliers; Dieu et les dames, telle était leur devise. On a dit que cet esprit de la chevalerie venait des Gennains ou des peuples du Nord : si cela était vrai, l’histoire en aurait retrouvé des traces à des époques antérieures. On peut emprunter à un autre peuple des lois ou dos usages, mais non des illusions et des sentiments. Pour connaître ici la vérité, il faudrait savoir ce qu’il y avait de caché et de mystérieux dans les mœurs et dans le cœur humain au moyen âge. Quoi qu’il en soit, on peut affirmer que la fidélité à Dieu et la fidélité aux dames étaient recommandées comme une même vertu et comme un même devoir.
Lor.sriu’un chevalier mourait pour la dame de ses pensées, on ne devait pas douter de son salut, d’après la théologie des chûteaux ; il faut croire néanmoins que le clergé était plus sévère. Un chevalier ne prononçait pas un serment où il ne fût question de la religion et de l’amour : Louis IX ne veut pas conclure un traité avec les musulmans, sans le consentement de la reine Marguerite, qui estait sa dame'-, d’après une loi de Jacques II d’Aragon, la présence d’une femme était comme le droit d’asile dans un lieu saint; l'institution de l’ordre du Bouclier d’or prescrivait de respecter les dames, parce qu’ après Dieu elles étaient la source de tout honneur que les hommes pouvaient acquérir *.
Dans les guerres du moyen âge, l’histoire nous montre souvent les chevaliers portant les couleurs de la beauté au milieu des batailles. 11 faut convenir cependant que dans les guerres saintes on rencontre
* Yoyoi le IIy. XV de noire Histoire.
* L’ordre da BoacUer d’or fat insiUaé par Lools II, doc de Bourbon. Legrand, 1. 1, p. 190.