‹ Histoire des croisadesChapitre 14 sur 213 · LIVRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIEME

cominandait cette expédition', appartenait à cette famille impériale des Paléologue dont les humbles prières avaient tant de fois sollicité les secours de l’Europe chrétienne. Après la prise de Byzance , il embrassa la religion musulmane , et ne chercha plus qu’à seconder Mahomet II dans son projet d’exterminer la race des chrétiens en Orient.

Plusieurs historiens ont raconté avec étendue les événements du siège de Rhodes, et c’est peut-être ici l’occasion de réparer une grande injustice commise envers l’iin des écrivains qui nous ont précédé. Un mot échappé à l’abbé de Vertot* et dont la critique s'est armée contre lui, a suffi pour lui ravir le plus noble prix des travaux d’un historien , la réputation de véracité. Après avoir examiné avec quelque soin les monuments historiques qui nous restent et d’après lesquels l’auteur de Y Histoire des chevaliers de Malte a décrit le siège de Rhodes, nous nous plaisons à rendre hommage à l'exactitude de ses récits , et nous ne craignons point d’y renvoyer nos lecteurs. C’est dans cet historien élégant qu’il faut voir la constance héroïque de d’Aubusson , grand maître de l'ordre de Saint-Jean , l’infatigable intrépidité de ses chevaliers se défendant au milieu des ruines contre cent mille Ottomans armés de tout ce qu’avaient inventé l’art des sièges et le génie de la'gueiTC. A l’approche des Turcs, le grand maître de Rhodes avait imploré les armes des princes chrétiens; mais tous les secours qu’on lui envoya consistèrent en quatre vaisseaux napolitains et génois, qui n’arrivèrent qu'après la levée du siège, et quelques sommes d'argent qui furent le produit d’un jubilé ordonné |)ar le pape sur l’invitation de Louis XI. Selon les vieilles traditions , la défense de Rhodes fut signalée par des prodiges qui pouvaient rappeler le temps des premières croisades : les Turcs virent dans le ciel une vierge vêtue de blanc et les phalanges de la milice céleste arrivant au secours de la ville assiégée ; les prisonniers ottomans attribuèrent leur défaite à cette apparition , et , dans sa relation adressée

* Ce pacba se Dominait Ni»étès ; d’autres rappellent Misac«

* Le mot de l'abbé de Vertot Q'élait qa'oa mot de politesse adressé ï qui lqu’on qui lai offrait de< doenments, non dans l'intérét de la Téiiié, niais dans rintérèt de quelques ^milles qui voulaient qoe leurs aoms fo-ssent mentioonés. En effet, si les documents qa'on lui présentait interessaient la vérité, on n'aurait co qu’à les publier; or, nous ne voyons (tas qu'on ait rien publié sur le siégé de Rhodes qui puisse prouver que l’abbé de Vertot se soit trompé ou qu'il ait oublié quelque chose d important. On u'a pas même essayé d’attaquer l'auihenllcUc des faits qu'il rapporte par une critique qui soit parvenue jusqu’à nous II ne nous est resté que le mol fanteux, mon sié§e ut fait, •uns que [wrsomic ait eberebé à expliquer dans quel sens et à quel sujci ce mot a été JU.

à l’empereijr Frédéric, Pierre d’Aubusson ne dédaigna point de rapporter les ïniracles attestés par les infidèles.

La troisième expédition de Mahomet , et la plus importante pour SOS projets de conquête, était celle qui devait se diriger contre le royaume de Naples. La flotte ottomane s’arrêta devant Otrante. Après quelques jours de siège, cette ville fut prise d’assaut , livrée au pillage et sa population massacrée ou traînée en ser\itude. L’archevêque d’Otrante , au rapport d’un historien , fut scié en deux avec une scie de bois , et huit cents citoyens subirent le martyre plutôt que de renoncer à la religion chrétienne. Celte exécution eut lieu dans une petite vallée qui depuis fut appelée la Vallée des Martyrs, Celte invasion des Turcs, «à laquelle on ne s’attendait point , répandit l’effroi dans toute l’Italie. Bonfini nous apprend que le pape eut un moment la pensée de quitter la ville des apôtres et d’aller au delà des Alpes chercher un asile dans le royaume de France.

Il est probable que si Mahomet II avait réuni toutes ses forces contre le royaume de Naples, il aurait pu pousser ses conquêtes jusqu’à Rome. Mais la perte de son armée en Hongrie et l’échec de ses meilleures troupes devant la ville de Rhodes, durent arrêter ou suspendre l’exécution de ses projets. Sixte IV, revenu de ses premières terreurs, implora les secours de la chrétienté. Le souverain |)ontife s’adressait à toutes les puissances ecclésiastiques et séculières, aux chrétiens de toutes les conditions ; il les conjurait par la miséricorde et les souffrances de Jésus-Christ, par le jugement dernier, où chacun serait placé selon ses œuvres, par les promesses du baptême, par l’obéissance duc à l’Église, il les suppliait de conser\œr entre eux, au moins pendant trois ans , la charité, la paix et la concorde. Il envoya partout des légats chargés d’apaisor les troubles et les guerres qui divisaient le monde chrétien. Ces légats avaient pour instructions d’agir avec modération et prudence ; de ramener par les voies de la persuasion les peuples et les rois au véritable esprit de l’Évangile, et de ressembler dans leurs courses^ pieuses à la colombe qui revint dans l’arche portant l’olivier pacifique. Afin d’encourager les princes par son exemple, le pontife fit partir pour les côtes de Naples les galères qu’il avait destinées à secourir l’ile de Rhodes. H ordonna en même temps des prières publiques; et, pour attirer les bénédictions du ciel wir les armes des chrétiens, pour exciter la piété des fidèles , il ordonna que l’octave de tous Ls saints fut célébrée dans l’Église uni-

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