‹ Histoire des croisadesChapitre 142 sur 213 · LIVRE VINGT-DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIEME

qiin lo clergé, dans les jours d’opprossion et de misère , fut regardé comme un asile où tout le monde accourait , les uns pour leur salut dans une autre vie, le plus grand nombre pour échapper à l'indigence ou il la servitude dans ce monde terrestre. Tous ceux qui se présentaient étaient reçus, même quelquefois les enfants des serfs , et c’est de là surtout que vinrent l’oubli de la discipline, la décadence des études, que tous les historiens de l’Église ont déplorés.

11 n’était pas facile de faire observer la discipline parmi celte foule ■ de clercs répandus dans les châteaux, où ils remplissaient l’ofTice de chapelains, de trésoriers, de secrétaires ; dans les cités, où ils exerçaient la profession d’avocats, de notaires, de collecteurs, de marchands', etc. Comme tout était procès alors, même les pénitences de l’Église, et que chacun pouvait se faire juger au tribunal de Rome, il aiTiva que les évêques dont la puissance avait été excessive dans les siècles précédents , puisqu’ils déposaient les rois , ne pouvaient plus même juger les clercs de leurs diocèses. On abandonna l'étude des doctrines pour étudier la chicane et les moyens de se soustraire à la hiérarchie ecclésiastique. Dès qu’il n’y eut plus d’ordre et de justice parmi les pasteurs, il n’y en eut plus nulle part; dès que la nuit pénétra dans l’Église, elle se répandit partout.

On n’a pas reproché au clergé du moyen âge d’avoir négligé ses intérêts; cependant on vit en France des prélats abandonner à la couronne les jjriviléges d’un évêque, et, ce qui doit exciter notre surprise, des cures avec leurs revenus furent données aux seigneurs qui partaient pour la première croisade*. Aucun pouvoir n’avait alors de règles fixées ni de limites reconnues; on ne doit donc pas s'étonner que le siècle se mêlât des intérêts de l’Église, et que l’Église s’introduisit dans les atfaires du siècle. La confusion du spirituel et du tenAporel fut portée au dernier excès ; saint Bernard disait aux évêques qu’ils n’avaient pas été appelés pour gouverner le monde, mais pour extirper les mauvaises herbes’ : c’était un sarcloir qu’il leur fallait, et non un sceptre. Les abus dont se plaignait l’abbé de Gairvaux venaient surtout de la confusion dont nous ve-

* Le cencile de Vienne défendu aux dcrcs (Téirc booebers el de tenir cabaret ; quelque teoi{» a:i;'3niTant on leur avait defendn d'étre jonglcun ou boulTons de profession. Fleury, septième Üi'fonrs sur l’Ilhloire eccliiiéstique.

’ Orücric Vital.

* • devoir des pasteors. ajoutait saint Bernard, est de vaincre les loaps, et non point do ■ dominer sur les brebis. • {De Cwiideretione.)

nons de parler, et signalaient le désordre des sociétés bien plus qu’ils n’étaient cux-mémes le désordre.

Le pape Grégoire VII, qui entreprit de changer le monde chrétien et dont la maxime était frapper pour guérir, avait conçu deux grands desseins : celui de soumettre les princes à l’autorité de Rome, et celui de réformer les mœurs du clergé. On peut dire que ce pontife réussit trop dans ce qu'il y avait de plus difficile et de plus dangereux, l’asservissement des trônes de la terre, et qu’il ne réussit pas assez dans ce qu’il y avait de plus utile et de plus nécessaire , le rétablissement de la discipline et le triomphe de la morale évangélique. Les passions humaines résistèrent plus longtemps que les princes, et, tandis que les empereurs et les rois s’abaissaient devant les papes , les désordres que l’Église voulait réprimer ne cessaient point de scandaliser l’Europe chrétienne. La plupart des conciles qui se tinrent au commencement du douzième siècle , attestent fpie la loi du célibat n’était pas encore scrupuleusement observée dans le clergé séculier, et que le serpent de la simonie continuait à se glisser dans le sanctuaire*.

L’abbé de Nogent, parle de quatre évêques qui se succédèrent sur le siège de Laon et dont l’élévation fut le fruit de la corruption et de la brigue. Le premier de ces prélats était accusé d’avoir trahi, le jour môme du vendredi saint, le seul prince qui restait de la maison de Charlemagne; le dernier, Baudri, avait livré Robert, duc de Normandie, un des héros de la première croisade , à son frère Henri, vainqueur à Tinchebray Nous ne répéterons point ce que dit Guibert des mœurs de ces quatre évêques; nous ne répéterons point non plus ce que disaient du clergé de leur temps saint Bernard , Jacques de Vitri ’, Pierre de Blois * et tant d’autres pieux réformateurs, accoutumés dans la chaire évangélique à censurer leur siècle avec amertume, et naturellement portés à exagérer les peintures de la corruption et du vice. Il faut se garder aussi de prendre à la lettre les satires des troubadours et des romanciers ,

< Duu son mité intitolé De Convenicne ad cUricot, Tabbé de CUirraax trace an tableau Tére des mœurs du clergé de son temps : s’il faut en croire ce pieux docteur, les vices les plus hideux sooillaient alors le sacerdoce.

’ L'abbé Guibert : DftUA tud.

> Yoyex dans VUUlùire d'Oricni de Jacques de Vitri le chapitre Intitulé De la ni0liçenct et det péfWt iet prilatt,

* Yoyes les lettres de Pierre de Blois iea Crpitadea),

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