‹ Histoire des croisadesChapitre 143 sur 213 · LIVRE VINGT-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIÈME

accueillies par la malignité populaire, toujours prête à se soulever contre le grave ministère du sacerdoce. Nous avouons toutefois que la puissance et la richesse du clergé devaient exciter la jalousie. Voilà pourquoi, vers le milieu du douzième siècle, la noblesse forma une ligue contre les prétentions des ecclésiastiques , et que, dans la révolte des pastoureaux , le peuple voyait avec joie qu’on outrageât les prêtres*. Cependant le clergé ne perdit point son empire sur les esprits : dès longtemps il régnait par les croyances religieuses ; il continua de régner avec elles.

Les abus contre lesquels s’était élevé Grégoire VII , la simonie et surtout le mariage des clercs, ne désolaient plus l’Église chrétienne avant la fin des guerres saintes. On vit peu à peu se rétablir la discipline; les ténèbres de l’ignorance commencèrent à se dissiper; Innocent III et ses successeurs encouragèrent les études. Le clergé reprit son ancien éclat, et, dans un siècle encore barbare, il répandit les premières clartés de la civilisation , semblable aux colonnes lumineuses du désert.

Nous devons faire remarquer que 1e clergé ne parut jamais dans les guerres saintes qu’à la suite des barons et des chevaliers de la croix. L’histoire ne le présente qu’une seule fois dirigeant les travaux militaires d’nne croisade ; ce fut au siège de Damiette *. Aussi les assauts et les combats y étaient-ils sans cesse mêlés aux cérémonies religieuses. La bravoure n’y connaissait pas d’autre encouragement que les bénédictions du ciel ; la licence d’autre frein que les anathèmes de l’Église. Nous avons déjà dit qu’on reconnaissait surtout l’influence du clergé dans une croisade à la témérité des entreprises : le clergé, dans les circonstances difficiles de la guerre, croyait peutêtre trop aux miracles, et ne croyait pas assez aux périls. On sait quelles furent après la prise de Damiette les suites de son excessive confiance dans la victoire.

Dans chaque expédition , il partit un grand nombre d’évêques et d’abbés suivis de leurs vassaux et de ceux qui étaient venus s’enrôler sous leurs bannières. Il n’était point de baron ou de comte qui n’emmenât avec lui un ou deux chapelains, ce qui devait accroître la multitude des ecclésiastiques sous les drapeaux de la croix. Dans une guerre religieuse, l’influence morale du clergé devait être toute-

* Cnillaume de Nangis ( Bibliothèque det CroUodet),

* Ucmoriel det podetiiUt de Refiie, CoU. de Manlorl t BiUMUtut det Cnittdet ).

puissante. On sait quelle confiance l’cvêque du Puy inspirait aux pèlerins de la première croisade; mais, si nous en croyons Guillaume de Tyr, les ecclesiastiques qui survécurent il ce vénérable prélat n’eurent point dans l’armée chrétienne le même crédit ni la môme considération : on put il peine trouver dans ce clergé voyageur des pontifes capables d'occuper les principaux sièges de la Palestine et de la Syrie. Dans les croisades suivantes, surtout dans la troisième, un grand nombre d’évêques servirent la cause de la croix par leurs lumières, et donnèrent aux pèlerins l’exemple des vertus évangéliques.

Nous ne suivrons point le clergé latin dans les colonies chrétiennes d’Orient, où il voulut quelquefois exercer une domination temporelle. On se rappelle que le patriarche Daimbcrt aspirait .ù la possession de Jérusalem , et que la ville sainte vit de nombreuses divisions éclater entre l’autorité des princes et celle du clergé. Tantôt les rois de Sion demandaient des subsides à l’Ëglise, tantôt le patriarche demandait au successeur de David et de Salomon les décimes dues aux serviteurs de Dieu. Les deux partis cédaient ou résistaient tour à tour et selon les circonstances, ne mettant jamais de mesure ni dans la haine, ni dans la soumission. Baudouin demanda humblement pardon au concile de Naplouse pour les injustices que lui et ses prédécesseurs avaient commises cnvei-s le clergé de la Palestine. Dans une autre occasion, le roi Baudouin ayant eu une vive querelle avec le patriarche Étienne au sujet de la possession de Joppé, celui-ci tomba malade, et mourut d’une mort prématurée. Quoique l’insinuation peu charitable que fait à ce sujet l’archevêque de Tyr nous paraisse sans fondement, elle n’en montre pas moins la malheureuse animosité avec Incpielle on se disputait les conquêtes des guerriers chrétiens et l’héritage de Jésus-Christ'. Les papes furent souvent sollicités de prononcer dans ces contestations; mais ils ne donnèrent presque jamais une entière satisfaction au clergé, car le clergé latin d’Orient ne pouvait servir leurs desseins ni en deçà ni au delà des mers, et la prudence leur commandait de ne pas décourager les princes qui défendaient les armes à la main le royaume do Jérusalem.

On a prétendu que le clergé s’était enrichi pendant les croisades. Cette assertion, qui a été si souvent répétée par les écrivains du dernier siècle, a besoin d’être examinée enfin avec une attention impartiale. Le clergé se trouvait très-riche à l’époque de la première

■ GuilUomc de T|T. Coll, de BoDgan [BiHiothi^ue iet Croliedee).

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