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CHAPITRE XI

DES MOXASTËOES.

ocs avons vu que l’exaltation des esprits qui produisit les croisades avait augmenté le nombre des cénobites. Guillaume de Tyr dit, en commençant son histoire de.s guerres saintes, que le monde, livré à tous les désordres, était près de tomber en ruine. On se persuadait que le monde, ainsi menacé de sa fin, ne pouvait être renouvelé que par des événements et des sacrifices extraordinaires. La religion, qui dirigeait tout alors, montra aux uns l'Orient à conquérir, aux autres le désert où les attendait la pénitence. Dans l’opinion des sages et des docteurs, il n’y avait rien de plus dangereux sur la terre que le siècle, et toutes les cités semblaient être pour les chrétiens remplis d’une dévotion ardente comme des villes maudites du ciel qu’il fallait s’empresser de quitter. C’est ainsi qu’on prenait à la fois la route de Jérusalem et celle des lieux retirés, qui étaient regardées eomme le chemin de la Jérusalem céleste. Nous avons parlé des ■guerriers de la croix et des pèlerins de la terre sainte; qu’il nous soit l>ermis d’arrêter un moment notre attention sur la milice des cloîtres et sur les croisés du désert.

Les fondations de monastères ne sont pas les faits les moins connus de rhisfûire' : les chroniqueurs, qui étaient presque tous des moines, n’y attachent pas moins d'importance qu’aux plus grands événements politiques. Orderic Vital parle tour à tour, et sur le même ton, de l’invasion de Guillaume en AngleleiTO , de la conquête de la Fouille par les Normands, et de la fondation ou de la gloire du monastère de Saint-Évroul.

Les couvents s’établissaient de plusieurs manières. Quelquefois c’était un seul homme qui se retirait dans un lieu solitaire et dont les

■ Le trolsünie Tolame dn Spicilt;e de iTAchcrr renferme teanurap d’ictes de fondation de mouiinerea.

fidèles venaient admirer la sainteté. Ces anachorètes, au rapport des légendes contemporaines, étaient comme les rois de la solitude ; car les oiseaux du ciel obéissaient è leur voix, et la nature leur était soumise. L'historien de la Nonnandie, après avoir raconté la sainte vie d’un anachorète, nous raconte ainsi sa mort, plus miraculeuse encore que sa vie : a Une douce mélodie s’élevait dans les airs, un parfum a divin remplit les lieux sauvages; un nuage brillant s’éleva sur l’hoorizon et fit pftlir l’astre du jour*. » Le récit de ces prodiges et de mille autres semblables se répandait dans tous les pays voisins ; bientôt la foule accourait, et le désert voyait s’accomplir ces paroles d’Isaïe : a Ce lieu est trop étroit pour moi ; faites-moi de la place, a afin que je puisse y habiter, b Une autre origine des cloîtres était le repentir des pécheurs, la dévotion des grands et des princes. En donnant une partie de leurs biens à des cénobites qui passaient les jours et les nuits dans l’oraison, les riches et les puissants du siècle espéraient hâter dans une autre vie la délivrance de leurs proches, et croyaient acquérir pour eux-mêmes les trésors du ciel*. Plusieurs établissements monastiques durent leur origine à des colonies de moines envoyés dans d’autres solitudes pour y faire fleurir les austères vertus de la vie religieuse*. Plus d’un ordre de cénobites avait des monastères répandus sur toute la surface du monde ; et ces monastères, suivant la même règle, pratiquant les mêmes austérités, obéissant à un seul chef, formaient comme une confédération pieuse qui surpassait quelquefois la richesse, la puissance des grands de la terre et des florissantes cités.

Le zèle poin: la vie monastique fut si grand dans le douzième siècle, que la France et l’Europe craignirent de manquer de solitudes. Les mères cachaient leurs enfants, les femmes leurs maris, les amis leurs amis, pour les dérober au prosélytisme des cloîtres. Un frère de saint Bernard hésitait à prendre l’habit religieux, alléguant que sa femme n’y consentirait pas ; « Elle y consentira , dit Bernard , ou elle

* Ordcric Vital ajoute qo'aa mocuislht fut fondé i eùté delà cellule de cet ermite, qui s’appelait Costal ( I/i*ioére de Sormaudie, lir. 1 ).

3 II noos reste une foule de chartes od sont consignées des donations reltgieoses faites par des roisou des seigneors t. Ill), Ces ctiartes avaient ordinairement pour sanction une croix

et les juroles suivames : • Que celui qui voudra enfreindre nos volontés sacbe que, par l'autorite « de Dieu et par la ebrélieoté de tous les saints, il sera, b moins qu’il ne s’ameude, excommaute • et maudit étemclleoiem. •

* Saint Bernard fonda en Europe cent soixante maisons de son ordre. L'abbajre de Clou}’ avait qdnxc mille soixanie-qoaiorxe succursales

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