LIVRE VINGT-DEDXIËMB. m
comte de Ncvers, voulaient se soustraire à la juridiction de l’abbaye. Rien n’est plus curieux que l’histoire de cette révolution écrite par un moine, témoin oculaire. L’historien cénobite nous représente l'abbé Pons prenant la défense de la maison d’Israël , d’abord contre l’évêque d’Autun, ensuite contre le duc de Nevers, et parvenant, a force de travaux et de périli, à rendre plus brillante et plus visible H fous les yeux la pureté des libertés de son Église. Il faut remarquer ici que l’abbaye de Vézelay, dédiée à Madeleine, amie et servante de Dieu, avait la prétention d’être indépendante pour le spirituel comme ()Our le temporel, et qu’elle se vantait d’être un aleu du bienheureux Pierre. En soutenant cette prétention, les disciples de Pons ne voyaient que des brigands et des impies dans leurs adversaires ; si le comte de Nevers s’attendrissait sur le sort des bourgeois de Vézelay, c'étaient les larmes de l'impiété qui coulaient d' une fontaine de corruption. L’abbé Pons invoqua tour à tour les puissances de la terre et les anathèmes de la religion; la misérable bourgade do Vézelay succomba enfin dans cette lutte, qui dura plusieurs années. Nous ne pouvons juger ni les griefs ni les torts des bourgeois, qui n’ont point eu d’historien ; mais, en lisant l’histoire de l’abbaye, on est obligé de convenir que les cénobites firent la guerre sans modération et n’usèrent point de la victoire avec charité
La puissance et la richesse des monastères ne provenaient pas uniquement de leurs domaines ou de leurs privilèges seigneuriaux : la plupart avaient dans leurs églises les ossements de quelques apôtres ou de quelques martyrs qui leur attiraient de nombreuses offrandes et qui les protégeaient dans les mauvais jours. Dès le neuvième siècle, les habitants des cloîtres, lorsqu’ils avaient à se plaindre de l’injustice ou de l’usurpation des hommes puissants, déposaient à terre ou parmi les ronces les reliques des saints, et les laissaient ainsi abandonnées jusqu’à ce que le sanctuaire envahi ou menacé fût délivré de toute crainte Lorsqu’ils avaient à redouter les entreprises des brigands ou des ennemis, on les voyait porter les dépouilles des élus de Dieu à la ville prochaine; tout le monastère marchait en procession, implorant dans des cantiques lugubres la miséricorde du Seigneur. Dès les premiers temps des pèlerinages en Orient, on rechercha les saintes reliques, et dès lors il n’y avait pas une église,
* Iliit. de VéuUîy, par Hognes de Poiioa {Spicilite de d'Achery^ t. Il, p. 498 et
* Voyez le mol Reiiquiit, Gloasaire de Docaiige.
pas un monastère qui n'eùt son reliquaire, que les moines appelaient leur trésor. Les ossements des saints guérissaient les malades, convertissaient les pécheurs, obtenaient les grâces du ciel pour tous ceux qui les visitaient, et jamais un pèlerin n’adora les restes mortels des martyrs sans déposer sur l’autel le tribut de sa piété Lorsque les croisades eurent commencé, on apporta des contrées orientales un grand nombre de reliques qui furent déposées dans les monastères comme dans un sûr asile. Tandis que les guerriers de la croix pillaient les villes des infidèles ou des hérétiques, des moines et des clercs s’occupaient d’un butin qu’ils regardaient comme plus précieux et plus digne des victoii-es remportées au nom de Jésus- Christ. Nous avons vu dans l’iiistorien Gunther les violences qu’employa l’abbé Martin pour dépouiller une église de Constantinople et pour s’emparer des reliques dont il enrichit son monastère près de Bâle *. II nous reste une relation dans laquelle un chevalier nommé Dalmas raconte lui-méme comment il déroba dans une église des Grecs le chef de saint Clément, qui fut transporté en triomphe à l’abbaye de Cluny La multitude des fidèles accourait pour contempler ces trophées de la guerre sainte. Il arrivait souvent que les cénobites portaient leurs reliquaires de village en village, de cité en cité, afin de recueillir une plus grande quantité d’offrandes. Au milieu de ces translations auxquelles l’avarice présidait peut-être bien plus que la piété, l’iniquité et la fraude durent quelquefois abuser de la crédulité du vulgaire. Dès le commencement du douzième siècle, l’abbé Guibert s’élevait contre la coutume de faire ainsi voyager les saints. « Le tort qu’on a, disait-il, est de ne pas laisser les bienheureux «jouir dans une tombe immuable du repos qui leur est dCi^.» Ces abus que signalait l’abbé de Nogent subsistèrent longtemps encore ; la dévotion pour les reliques ne fit que s’accroître pendant les croisades, et cette dévotion ne cessa pas d’être une source de prospérité pour la plupart des monastères.
' Joinville, avant de partir poor l’Orient, alla en pèlerinage k Bleicourt, k Saint-Urbain et ea d’antres lieux.
* Ganilicr (Bibliolhique des Croisade»),
* Traité sur la irantlaiion du chef de saint Clément de Constantinople an monastère de C/nsf
Bibliothèque de» Croisades).
* L'abbé Guibert, ColU de Boogars {Bibliothèque des Croisades).