CHAPITRE XII
COÜTINCATIO» DD MâHB SDJET.
E qui ajoutait h la force des communautés religieuses , c’est qu’un monastère devenait riche et que chaque habitant du cloître restait pauvTe. Souvent les arts les plus somptueux étaient appelés à construire un monastère, et dans ce monastère, qui était comme un palais, chaque moine n’occupait qu’une étroite cellule. L’historien de saint Bernard nous apprend que, le pape étant venu à l’abbaye de Clairvaux, on n’épargna rien pour recevoir Sa Sainteté, et qu’on servit sur sa table un poisson extraordinaire ' ; dans le même temps les cénobites avaient pour nourriture un pain semblable à celui du prophète, et des feuilles de hêtre bouillies avec du sel. Ainsi se trouvaient réunies sous le même toit la spendeur des grands de la terre et la pauvreté des ermites. Le vœu de pauvreté était celui qu’on observait le plus rigoureusement dans les cloîtres. L’abbé Guibert nous parle d’un moine de l’abbaye de Flavigny sur lequel on avait trouvé, après sa mort, deux sous cachés sous son aisselle ’ : ce fut un si grand scandale dans le monastère, que le chapitre s’assembla comme pour une affaire où le salut de l’Église se trouvait intéressé, et qu’on refusa la sépulture sainte au cénobite coupable du vice de propriété.
Jamais ces paroles. Ceci est à moi, ne furent prononcées dans un cloître, et les moines ne pouvaient employer l’adjectif possessif que pour dire mon père et ma mère *. L’amour même de la gloire était interdit aux cénobites, qui devaient quitter leur nom pour prendre celui d'un martyr ou d’un élu de Dieu. C’est au milieu de toutes ces abnégations que s’élevait la puissance d'un monastère. Tandis que chaque moine ne se croyait que néant et poussière dans ce monde ,
* Histoire de taint Benerd, par Arnold de Bonneval, Ut. II, ch. L
* L’abbé Golbert : De ti(â ni.
* Coalomesde Q0D7 [SpictUit de d’Achery, t 1).
il n'était point de couvent qui n’cût l’orgueil de la ville éternelle et ne crût subsister jusqu’à la fin des siècles. Aussi dans la foule des solitaires ne remarquait-on qu’un seul homme , et cet homme était l’ahbé que les moines avaient choisi. Tous se glorifiaient de lui obéir, à condition néanmoins qu’il n’obéirait lui-méme à pereonne. Plus la puissance de leur abbé était grande, plus ils se croyaient libres. Tel était le respect qu’on avait pour lui, que les cénobites s’inclinaient toutes les fois qu’ils entendaient prononcer son nom. Les peines et les récompenses qu’il décernait venaient de Dieu ; lorsqu’il déployait la sévérité de sa justice, tout le monastère répondait de l’exécution de ses jugements ’ . Les plus coupables, ceux qu’il jugeait indignes de sa miséricorde, étaient quelquefois battus de verges en présence du chapitre; ils devaient se tenir debout à la porte de l’église pendant les offices, ils devaient vivre séparés de leurs frères. Aux jours de la discorde, les paroles du chef suprême exerçaient le plus souvent un empire absolu; s’il s’élevait contre sou pouvoir une résistance opiniâtre, alors, secouant la poussière de scs pieds, il maudissait ses enfants indociles, et cherchait un asile dans un autre monastère. Ses malédictions paternelles, et surtout son absence, qui était regardée comme un abandon du ciel, suffisaient presque toujours pour ramener l’obéissance et la paix.
Cependant cette autorité souveraine n’avait rien d’arbitraire, car tout se trouvait réglé d’avance. Des traditions et des coutumes dirigeaient les moindres actions des cénobites ; elles leur prescrivaient la manière de se rendre au chapitre et au réfectoire, la manière d'en sortir, comment ils devaient assister aux prières du jour et de la nuit, comment ils devaient se couper la barbe et les cheveux. Il y avait des lois pour la parole, il y en avait pour le silence, pour la forme et ’a couleur des vêtements, pour la démarche et le maintien habituel les religieux. Le code monastique avait tout réglé, jusqu’aux mortifications de la pénitence et jusqu’aux innocentes joies du cloître; l’histoire nous apprend à quelle époque de l’année, dans le monastère de Cluny, on assaisonnait les fèves et les herbes à l’huile on à la graisse, en quel temps on servait aux moines des fruits, des œufs épicés et du poisson; nous voyons aussi dans l’histoire que le prieur de Vézelay était tenu, sous peine d’excommunication, de faire servir
s'il arrinit que le clnobile coapable Tint b se rèToller contre ta cocitclioa , ses frètes iln clolire s’eiu(aienl sur Int sans attendre anenn ordre des snpéiieacs.
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