LIVRE VINGT-DEDXIEME
procurer î’argcnt nécessaire pour un voyage lointain. L’histoire contemporaine traite avec, sévérité les moines qui firent le pèlerinage de Jérusalem et qui s’établirent dans la terre sainte. L’abbé de Clairvaux, dont les prédications avaient envoyé tant de chrétiens mourii en Asie, ne voulut pas qu’aucun de ses disciples traversât les mers : il alléguait les invasions des Barbares et l’insalubrité du climat ' ; mais tout nous porte à croire que la corruption des mœurs de l’Orient fut son véritable motif. On se persuadait alors parmi les moines que les retraites du cloître étaient aussi agréables à Dieu que les lieux saints que les pèlerins allaient visiter en Orient . l’histoire rapporte qu’un pèlerin parti pour la terre sainte ’ s’arrêta dans le monastère de saint Bernard, et qu’il résolut de prendre l’habit de religieux: saint Bernard, qui avait entraîné le pèlerin dans cette résolution, demanda que le nouveau cénobite fût dégagé de son vœu, alléguant que son pèlerinage était accompli et que l’abbaye de Clairvaux était une autre Jérusalem ’.
Vere la fin des croisades, la plupart des monastères commençaient à perdre leur crédit et leur renommée. Comme les sociétés politiques, ils s’élevèrent par la vertu, ils tombèrent par la corruption. Plusieurs de ces asiles de la piété devinrent semblables aux villes maudites dont parle l’Écriture, et la décadence des études suivit celle de la discipline. Enfin l’Église trouva dans les cénobites des serviteurs moins ardents et Rome une milice moins dévouée.
11 se forma des ordres nouveaux, qui furent à la fois encouragés par le respect des fidèles et par la faveur des pontifes. A la tète des congrégations religieuses qui se formèrent à cette époque, nous devons placer celle des frères de la Merci ou de la Trinité, qui prit naissance après la troisième croisade et dont l’institution avait pour objet de délivrer et de racheter les captifs. Ces vénérables cénobites allaient chercher au loin tous ceux qui gémissaient dans les prisons des infi-
' lîUloire de saint Di'nuri, par Golllaonie de SaiiiV-Thierry.
* Hintove lütèrnirt de la France, t. XUI, p. 451.
* Saint Bernard, dans aue lettre èeriie ao pape Célesiin ao nom de tons les moines de ClairviQx, conjnre le soaveraiu pontife de ne point laisser partir pour Jérusalem l'abbé de Morimemd; celQi-ei voalaii entraîner avec lai en Orient nne maltUode de cénobites. « Dans les armées d; U « croix, dit Bernard, U tant des chevaliers qui comlatieut, et non point des rnoinea qui rbaav?Qt « e< qni pleurent • {Efht. S. Brra.).
* Lorsqn’on a étudié rbistoire de cette époque, on est porté \ croire que les papes, qi* «’éuieoi pas secondés dans leurs entreprises pour les croisades, étalent mécoutenis da c«er|é et $nvo,u des moines, qui répugnaient I faire des sacrifices.
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dèles, et, véritables chevaliers de la foi et de la liberté, ils ne goûtaient point de repos s’ils n’avaient brisé les fers de quelques prisonniers chrétiens. Ce fut pondant la sixième croisade que s'élevèrent les deux ordres des frères mineurs et des frères prêcheurs, qui, selon l’expression de l’abbé d’üsberg, renouvelèrent la jeunesse de l’Église : ces deux institutions nouvelles durent apporter de grands changements dans le régime monastique. Il ne s’agissait plus pour les moines d’acquérir des domaines, de bâtir des édifices, mais de vivre comme les oiseaux du ciel ; ce n’était plus la vie paisible et contemplative, mais une vie passée au milieu des travaux apostoliques qu’il fallait prendre pour modèle ; on n’admirait plus le silence de la solitude, mais les miracles de la parole ; et la voix des nouveaux apôtres du Clu-ist, véritable trompette évangélique, devait proclamer la loi chrétienne au milieu des bourgs et des cités. Les disciples de saint François et de saint Dominique se livrèrent aux soins de l’éducation publique, fondèrent un grand nombre de collèges, et plusieurs d’entre eux, comme saint Thomas d’Aquin et saint lionaventure, remplirent avec distinction les chaires de la philosophie scolastique. Nous ne les suivrons point dans les luttes qu’ils soutinrent avec le clei^é, qui se montra quelquefois jaloux de leur crédit et de leur influence, ni dans ces guerres religieuses où la charité n’inspira pas toujours leurs prédications ' ; nous aimons mieux suivre leurs courses pieuses sous le ciel brûlant de l’Afrique, au nord de l’Asie et dans les contrées les plus reculées de l’Orient. Tandis que les Maures désolaient encore l'Espagne, que les Tartares ébranlaient les trônes des puissants monarques, ravageaient les contins de l’Europe et menaçaient toute la clu^tienté, de pauvres prêtres visitaient les habitants des rives du Niger, parcouraient les vastes déserts de la Tartarie, pénétraient jusqu’à la rivière Jaune, et, conquérants pacifiques, armés de l’Évangile, ils reculaient l’empire du christianisme , et plantaient l’étendard de la croix aux extrémités du monde connu. Les colonies chrétiennes qu’ils fondèrent parmi des nations païennes ou chez des peuples sauvages, ont duré plus longtemps que les colonies fondées par les croisades.
* Noos B’entreroDS ici dans aocmis détails sorla erol«adc contre les Albigeois ni sur la hideuse loquisiUim qui vint à sa suite. C Voyex YUiilçfre des Albiiieois, de Pierre de Vaulx-Cernay.