‹ Histoire des croisadesChapitre 153 sur 213 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

ArraAxcuisjEiiETi des comuxtxe».

B Z qui amena l’affranchissement des communes, c'est que le régime féodal, qui était au fond une véritable anarchie, marchait à sa décadence, et que les lueurs d'une civilisation naissante se répandaient parmi les peuples*. Quelques idées d’ordre public et de législation commençaient à prévaloir, et ces idées, quoi((uc très-confuses encore, se tournaient contre la féodalité, que l'instinct des peuples ne considérait plus comme un gouvernement, mais comme un obstacle au bien public. Chaque cité, à mesure qu’elle se peuplait davantage, qu’elle devenait plus industrieuse et plus riche, devait avoir la pensée o» plutôt le besoin de secouer le joug des seigneurs, qui ne la proie-geaieut point, et de s’affranchir d'un régime qu’elle regardait comme l'ennemi de son repos et de sa prospérité.

Les villes de la Lombardie et d’une grande partie de l’Italie furent des premières qui échappèrent à la domination féodale’. Les empereurs d’Allemagne , comme nous l’avons vu , étaient prestjue toujours en querelle avec les papes. Beaucoup de ces cités profitèrent de cette division pour s’arroger des droits que personne ne leur contesta; d’autres l-3s obtinrent ou plutôt les achetèrent des empereurs , qui croyaient faire un bon marché en vendant ce qu’ils ne pouvaient refuser. Vers le milieu du onzième siècle, le clergé cl la noble.sse n’avaient déjà plus aucune influence dans les villes d’Italie. D’après le témoignage d’Olhon de Freisingen , auteur contemporain, l’Italie

> M. BaynoDard, dont les travaux liltéraires sont si ronnos. a iralié avec relie sagacité qui lui est propre tooics les questions qui se raitacbeot ao droit municipal en France sous ù domination Mmatne cl sous les trois dynasties. Ce qae nous avons snrtoul remarque dans riniporlani onvrage de M. Rjynouard, c’est la manière dont ce savant a éclairci tout ce qui concerne le concours dos DiagtMrais et do peuple aux élections pailles et épiscopales.

• Miiraton, Diuert. XLV,

IIISTOIBE DES CROISADES.

était remplie de villes libres qui chacune avaient oblige leur évéque. à résider dans leurs murs; à peine y avait-il un noble qui ne fût soumis aux lois et au gouvernement d’une cité. Nous avons dit dans un autre cbapiire que les croisades enrichirent les républiques italiennes, mais que les richesses d’Orient contribuèrent à les corrompre'. La plupart des villes libres d'Allemagne durent leur émancipation à la diicadence de l’Empire; elles jetèrent moins d’éclat que celles d'Italie, mais ce qu’elles avaient acquis, elles le conservèrent plus longtemps; loin de se faire la guerre entre elles, elles cherebèrent leur force et leur appui dans des associations qui les défendirent à la fois des discordes intérieures et des entreprises de leurs plus puissants ennemis. Quelquesunes prirent part aux expéditions en Syrie, sans en tirer aucun avantage [X)ur leur commerce. L’Angleterre, accablée par la conquête de Onillaume, ne vit aucune de s(;s villes réclamer rindépcndance à l'époque des premières croisades. Les cités de la Grande-Bretagne , à l'exception de celle de lx)tidres qui avait obtenu jdusieurs |»riviléges, ne songeaient point à s’aflrancbir du pouvoir féodal. Les Bretons, comme au temps de 'N'irgile, ]iaraissaient encore séparés du reste du monde. On peut dire (juc dans ce royaume la liberté ne fut jias raffaire d'une ville ou d'un bourg, mais de la nation entière, et plus tard toute rAngletcrre se trouva libre. En Espagne, la guciTe contre les Maures dut favoriser, comme nous l'avons dit, l’indéjtendance des communes. Il nous reste des monuments historiipies du commencement du onzième siècle qui prouvent que plusieurs cités csi)agnoles jouissaient à cette époque de certaines immunités^. Mais les premières de ces villes qui plus tiu-d furent appelées aux cortès, poussées par un esprit de jalousie, ne voulurent point y admettre les autres , ce qui nuisit beaucoup au développement et aux progrès de la liberté en Espagne.

C’est en France surtout que nous examinerons l'airrancliissement des communes. Cet affranchissement commença dans les provinces méridionales; les traditions romaines qui subsistaient encore en donnèrent la première pensée , ou [jlntôt les villes de la Provence et du Languedoc n’avaient jamais cessé d'étre indépendantes et de jouir des bienfaits du régime municipal. On pourrait croire que leur exemple exerça une influence sur les villes de l’est et du noixi de la France*

* Voyez noire rhapiirc sur nutie.

■ Halfaiij, t'KHrppc un ffl.iyrii tlÿe, t. I, p. 391 i-l soir.

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