LIVRE VINGT-DEÜXIËME
les excommunications de l’Église se réunirent aux menaces do la justice humaine. Cet appareil formidable et la réunion des justices de la terre et du ciel, sans arrêter tout le mal, répandirent du moins quelque sécurité parmi les marchands, les pèlerins et les navigateurs. Tant que rentliousiasinc des pèlerinages subsista dans les esprits, tant que le commerce trouva de grands avantages à multiplier scs relations lointaines, la navigation ne cessa point de faire des progrès ; à la fin, la mer se couvrit de vaisseaux qui se protégèrent les uns les antres, et les routes de l’Océan comme celles de la terre devinrent moins dangereuses, à mesure qu’elles furent plus fréquentées.
La puissance de plusieurs Étals maritimes fut la véritable sauvegarde de la navigation : comme ces États avaient un grand intérêt à ce que la marche des navigateurs ne fût point troublée, ils firent, si on peut parler ainsi, la police des mers; on peut ajouter que, si l’Italie et plusieurs autres contrées de l’Occident ne furent point subjuguées par les Sarrasins, elles durent leur salut plus encore à la supériorité de leurs flottes qu’à celle de leurs armées.
Nous avons parlé dans notre vingtième livre de la découverte de r.Vmérique et du passage aux Indes par le cap de Bonne-Espérance.
Il est probable que, sans les croisades, le génie des navigateurs n’aurait pu franchir que beaucoup plus tard l’espace immense et les l’cucils sans nombre qui séparent la Baltique et la Méditerranée de l’Océan indien, et l'ancien monde du nouveau. On peut dire au moins que les expéditions lointaines et les entreprises périlleuses tentées sous les bannières de la croix préparèrent les derniers prodiges de la navigation, en ouvrant partout des routes nouvelles à l’industrie, et surtout en favorisant les jirogrès du commerce, lien naturel et nécessaire entre les diverses nations et les différents pays du globe.
Chaque climat a ses productions, et cette diversité de richesses fait aux hommes une obligation des échanges. Cette obligation des échanges entraîne la communication entre tous les peuples, de telle sorte qu’à la longue les régions les plus éloignées ne sauraient rester inconnues. On pourrait dire que la providence a jeté ainsi dans plusieurs climats des productions différentes, qu’elle a refusé à certaines contrées ce quelle a donné à d’autres, afin de mettre les hommes, i dispersés sur la terre, dans la nécessité de se chercher réciproquement, de commercer entre eux pour leurs besoins, de se communiquer leurs lumières et de marcher ensemble à la civilisation.
Dans le moyen âge , les Grecs, indolents et amollis, négligeaient d’apporter en Occident les marchandises de l’Asie; les Sairasins n’abordaient sur les côtes d’Europe que pour y répandre les fléaux de la guerre ; le commerce de l'Occidcut alla chercher ce qu’on ne lui apportait pas, et les fréquents voyages en Orient furent tout au profit des Occidentaux.
Longtemps avant les croisades, les marchandises de l’Inde et de l’Asie arrivaient en Europe ' , quelquefois par la route de terre , en traversant l'empire grec, la Hongrie et le pays des Bulgares; le plus souvent par la Méditerranée, qui aboutissait à tous les ports de l’Italie. Ces deux routes furent rendues faciles par les guerres saintes, et dès lors rien ne put arrêter le rapide essor du commerce , protégé dans sa marche par l’étendard de la croix.
La plupart des villes maritimes de l’Occident ne s'enrichirent pas seulement en fournissant à l’Europe les productions de l’Orient, mais elles trouvèrent encore un avantage considérable dans le transport des pèlerins et des armées chrétiennes. Des flottes suivaient les côtes des pays où combattaient les croisés, et leur vendaient des munitions de guerre et des vivres dont ils avaient toujours besoin. Ainsi le commerce rapportait en Europe une partie des trésors qu’avaient emportés en Asie les princes et les barons qui se ruinaient pour aller combattre les infidèles.
Toutes les richesses des villes maritimes de la Syrie et même de la Grèce appartenaient à des marchands d’Occident. Ils étaient les maîtres d’une grande partie des cités chrétiennes en Asie. On sait quel fut le partage des Vénitiens après la prise de Constantinople; ils possédaient toutes les Iles de l’Archipel , la moitié de Byzance; l’empire grec fut comme une autre Venise avec ses lois, ses flottes et ses armées.
Les Latins ne tardèrent pas à perdre Constantinople, Jérusalem et la plupart des pays soumis à leurs armes. Le commerce , plus heureux, conserva ses conquêtes après les croisades. La ville de Tana, bâtie à l'embouchure du Tenais, devint pour Venise une colonie qui lui ouvrit d’utiles relations avec la Perse , la Tartarie, et qui domina dans les marchés de Tauris , de Trébisonde , de Bagdad et de Bas-
' UskaMunii d’AnulD, Tille d'ilallc, farenl les premiers qui enireilnrent des relaikms comnierciales arec les peaidcs d'Orieul. Gnillaumc de Tjr, II». XVlll, cIl IV et ck. V ; Jacques de Vlirl. Ut. I, chap IV, ont parlé du coiumercc des AmallUains.