LIVRE VINGT-DEUXIEME
soia. Des Génois réunis dans une petite ville de Crimée (Caffa), an temps même oit les Turcs menaçaient l’Europe, s’occupèrent d'exploiter les mines du Caucase , et reçurent les trésors de l’Inde par .\stracan. Le commerce européen avait établi des comptoirs jusque chez les peuples qui faisaient une guerre cruelle aux chrétiens. La terreur qu’inspiraient les mameluks n'avait point empêche des peuplades de marchands de s’établir en Égypte; l’Afrique, sur toutes les côtes de la Méditen’anée, fut souraire à leur ambition mercantile, et les lieux que saint Louis n’avait pu conquérir devinrent les tributaires de leur industrie.
Tandis que le commerce de tontes les parties du monde se trouvait ainsi entre les mains de quelques villes maritimes , plusieurs grands royaumes de l’Europe y restaient encore étrangers. L'Angleterre, qui n’avait d’autre richesse que ses taines, recevait avec reconnaissance dans sa capitale les marchandises de l’Asie qui lui étaient apportées par des marchands italiens et espagnols. Les villes de France prirent peu de part au commerce d’Orient ; les croisades étaient l’ouvrage des Français, d’autres en recueillaient alors les fruits. Marseille fut au moyen âge la seule ville française qui entretint quelques rapports avec des peuples lointains. Celte ville, fondée par les Phocéens pour le commerce des Gaules, n’avait jamais cessé lie porter ses regards vers les lieux de son origine et d’avoir des relations commerciales avec la Syrie et la Grèce. L’Espagne, dont l’industrie s’était développée de bonne heure, profita mieux des croisades, et, vers la fin des guerres saintes, les Espagnols avaient des comptoirs sur toutes les côtes de l’Asie. Aucun pays cependant ne tira plus d’avantages que l’Italie du commerce d’Orient. Cette contrée , qui dominait sur la Méditerranée et qui aboutissait à toutes les parties de l’univers connu , se trouvait placée de la manière la plus favorable. Cette position , qui avait autrefois facilité les conquélçs des Romains, seconda les peuples de l’Italie dans leurs nouvelles entreprises, et soumit le monde à leurs spéculations, comme elle l’avait soumis à leurs armes.