CHAPITRE XVIII
DE L'INDUSTBIE, DE QUELQUES PRODUCTIONS D’ORIENT, GèOGRAPDIE.
oiR connaître ce que put gagner l’industrie aux relations avec l’Orient, il suflirait peut-être de savoir en quel état cette source de prospérité se trouvait alors chez les Orientaux. Parmi tant de voyageurs, il y en avait sans doute qui avaient intérêt k observer les usages et les pratiques des contrées lointaines qu’ils visitaient. Nous savons <jue dans les expéditions des croisés on enrôlait de préférence ceux qui avaient un métier ou qui exerçaient une profession méc-anique : ces industrieux pèlerins ne faisaient pas toujours un voyage inutile pour leur pays; et, dans ces guerres saintes où les chevaliers de la croix ne cherchaient que la victoire et la renommée, l’industrie, si j’ose parler ainsi, avait aussi sa croisade, dont les paisibles trophées consistaient dans de précieuses découvertes dérobées aux Grecs et aux Sarrasins, et dans l’heureuse imitation de ce qu’on avait admiré dans les arts de l’Orient.
Les Sarrasins avaient des manufactures d’étoffes avant les croisades. A Damas et dans les villes d’Égypte, on travaillait les métaux ^vec plus de perfection que dans l’Occident. Les vieilles chroniques nous apprennent que les chrétiens de la Palestine allaient quelquefois à Damas pour y acheter des armes. Joinville rapporte qu’étant allé en pèlerinage à Notre-Dame de Tortose, il acheta à Tripoli des camelots qu’on fabriquait dans cette ville. Il en envoya quelques pièces à la reine Marguerite, laquelle, nous dit-il, les prit. d’abord pour des reliques, se mit à genoux pour les recevoir, et se releva en disant : Maujour soit au Scneschaly qui m*a faict agenouiller devant ses camelots. Joinville avait été chargé par Louis IX d’acheter une certaine quantité de cette étoffe, ce qui prouve que la manufacture où elle était fabriquée avait quelque réputation*.
• tiist. de saint Louis, édit, de 1761, p. 125 et suit. (Voyez sur le mot Camelot oo Camlin les observation» de Ducauge sur Joinville, p. 38.)